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"Porter l'alternative à gauche, le combat d'une génération"
VIIe Congrès du Mouvement des Jeunes Socialistes
Trois ans de Droite au pouvoir. Trois ans de régression. Trois ans de répression. Depuis qu'elle est
au pouvoir, la Droite dogmatique et décomplexée mène à bien son projet réactionnaire,
conservateur et libéral. Son action ne se limite pas à la démolition du bilan de la Gauche (emploi-
jeunes, 35 heures, loi sur la présomption d'innocence...) ou à la remise en cause des principaux acquis
sociaux de l'après-guerre, ces fondamentaux de notre contrat social que sont la retraite par répartition et
la sécurité sociale. La Droite fait plus, elle impose son modèle de société, ses valeurs et son langage.
Menant une politique de classe au profit d'une minorité de nantis, la Droite, qui avait été portée au pouvoir
par la mobilisation massive et citoyenne de l'après 21 avril, alors que Chirac avait réalisé moins de 20 % au
premier tour, n'a de cesse de briser les solidarités, d'organiser la précarité et l'exclusion et de réduire à
néant toute perspective de progrès social collectif. Les jeunes sont parmi les premières cibles de cette politique
libérale. Touchés prioritairement par la précarité, ils sont stigmatisés.
Les territoires, livrés à eux-mêmes après la décentralisation libérale Raffarin, sont mis en concurrence. Les
citoyens, comme dans une émission de télé-réalité où on élimine sans cesse pour n'en garder qu'un, sont
soumis à la même logique. Les générations s'opposent les unes aux autres. Les plus jeunes, érigés en
nouvelles classes dangereuses, se désespèrent d'une société qui ne leur laisse aucune perspective. Les
autres tendent à vivre dans l'indifférence et ne s'indignent plus de la destruction des protections dont ils
ont pourtant bénéficié. Le « vivre ensemble » est ébranlé tant la perspective de progrès se résume à
prendre la place de celui qui est juste devant dans la file d'attente.
La politique de la droite remet en cause notre modèle laïque et républicain, n'hésitant pas à flirter avec l'extrême
droite. Sarkozy se sert des autorités religieuses et leur donne une légitimité républicaine, imposant la religion comme
seule solution pour régler la situation des quartiers ghettos. En plus de mettre en faillite l'Etat social, la droite lui
substitue un Etat pénal. Ainsi, la souffrance et la colère que la violence du modèle libéral impose, ont pour seule
réponse la répression. Face au délitement du lien social, la colère de millions d'hommes et de femmes trouve son
débouché dans l'absentéisme électoral ou les votes protestataires, au premier rang desquels le vote pour l'extrême
droite.
Ce modèle de société n'est rien d'autre que la déclinaison à l'échelle de l'hexagone d'un projet de
civilisation qui s'étend peu à peu à l'ensemble du globe et dont l'Europe est malheureusement devenue l'une
des forces motrices. Ce modèle est celui du libéralisme économique où l'intérêt particulier, la dictature des
marchés et la recherche du profit maximal à court terme supplantent le bien commun, l'intérêt général et la
démocratie. Dans ce monde, l'OMC et le FMI décident, les gouvernements disposent et les peuples payent
les conséquences du tout marché. Dans le même temps, l'idéal réactionnaire de George Bush, la division du
monde en camps, celui du bien contre le mal, s'étend y compris dans le camp social-démocrate. Cette
vision n'est pas la nôtre et nous la combattons.
C'est dans cette perspective que nous nous battons pour une Europe sociale, fédérale et démocratique qui
se dote d'une constitution et de moyens d'action. L'Europe est notre avenir et c'est à la Gauche de lui
donner un sens et un projet. Dirigée par la Droite et les forces conservatrices, aussi du fait des errements
d'une partie de la social-démocratie, l'Europe participe de la fuite en avant actuelle. En guise de politique
d'emploi et de croissance, elle met en concurrence les travailleurs entre eux, encourage les privatisations et
demande toujours plus de « flexibilité et d'adaptabilité ». Elle plaide pour plus de privatisations dans les
secteurs publics en son sein et dans les pays du Sud. Face à l'unilatéralisme américain elle peine à montrer
un visage uni et cohérent. En raison de partenariats commerciaux, elle ferme les yeux sur la politique dictatoriale,
mafieuse et en violation des libertés fondamentales en Chine et en Russie notamment.
Ce modèle qui s'étend en France et dans le monde n'est pas viable. Il mène l'humanité à sa ruine. Une
alternative existe et nous la portons : le socialisme démocratique. C'est aux socialistes de réaffirmer le
primat de l'homme et de la démocratie sur l'économie et le marché. Nous portons un idéal collectif de progrès,
il nous revient de lutter contre les discriminations, les inégalités et la pauvreté en permettant à chacun de
subvenir aux besoins de son existence. Parce que l'égalité et la justice sociale sont les conditions de la paix
sociale et civile, il revient aux socialistes de créer les outils de la régulation que le désordre libéral impose.
C'est en étant fidèles à cette vision historique que les socialistes reviendront au pouvoir en 2007. Ils
devront porter l'alternative, condition nécessaire de l'alternance politique.
Le vote du 29 mai, après les trois victoires socialistes de 2004, démontre la pertinence de nos analyses au
lendemain du 21 avril. Il est à nouveau un révélateur de la crise sociale et démocratique que nous
traversons depuis plusieurs années. Vote massif, majoritairement de Gauche, de classe, ce choix démocratique
effectué après un grand débat citoyen et une remobilisation civique est aussi l'expression d'un rejet du libéralisme.
Face à ce constat, la social-démocratie européenne doit assumer sa crise idéologique et y répondre. Blair et
le social-libéralisme ne sauraient être les nouveaux hérauts d'un projet de Gauche pour l'Europe. « Flex-
précarité », baisse des cotisations sociales et des impôts, adaptation à la mondialisation libérale ne peuvent
être le tryptique du projet de la Gauche européenne du XXIème siècle. C'est notamment au niveau européen
qu'il faut agir pour les socialistes.
Dans cette France en crise de 2005, les socialistes doivent porter l'espérance et être unis pour le
changement. Dans cette tâche, les jeunes socialistes seront au rendez-vous aux côtés de leurs aînés.
Mobiliser les jeunes, faire que les socialistes répondent à leurs aspirations et qu'ils incarnent un avenir
meilleur est une des conditions de la victoire. Contribuer en tant que jeunes socialistes à l'élaboration d'un projet
socialiste mobilisateur, pour que notre famille renoue avec sa base sociale, condition de la victoire en 2007, est
l'objectif que nous assignons à notre congrès.
La menace d'un Sarkozy président en 2007, la montée de l'Extrême Droite et la reconduite de la Droite nous
imposent un seul constat. Pour notre génération, comme pour les millions d'hommes et de femmes qui
souffrent, la victoire est indispensable. Et au-delà de la victoire, une véritable alternative à la politique de la
Droite est primordiale.
L'alternative et la victoire en 2007 passent avant tout par la reconquête de notre base sociale naturelle que
sont les classes populaires, les précaires et les jeunes. Pour cela, nous devons répondre à leurs aspirations
légitimes qui fondent le projet historique de la Gauche et son ambition de transformation sociale : l'emploi
et l'éducation au service de l'émancipation, des services publics et des protections renouvelées au centre
de notre modèle de solidarité, la réaffirmation de la puissance publique, le réarmement du politique, la
restauration des libertés publiques en France, le respect de la volonté démocratique dans une République
sociale qui ne s'enlise pas dans la dérive clanique du pouvoir. C'est la condition pour faire, enfin, de notre
base sociale (ceux que nous devons défendre), notre base politique (ceux qui votent pour nous). Il nous
faudra donc répondre aux crises de notre société, proposer un programme de réformes et convaincre d'un
nouveau modèle de société.
Enfin, la victoire en 2007 n'est possible sans le rassemblement de la Gauche autour d'un programme élaboré en
commun avec les forces sociales et susceptible de créer une dynamique populaire. Les jeunes socialistes doivent donc
oeuvrer à la construction d'une alternative à même de réconcilier l'aspiration à la transformation de la société et
l'exercice de responsabilités gouvernementales.
Faire face à
la mise en insécurité sociale de notre pays
· Emploi : priorité affichée, calamité dans les faits
Alors que la Gauche sous le gouvernement Jospin, avait donné la perspective de la fin du chômage de
masse, l'avenir nous apparaît de nouveau bien sombre. Aujourd'hui, un jeune sur quatre est au chômage.
Dans les départements et territoires d'Outre-Mer, la situation est encore plus dramatique avec parfois un jeune sur
deux au chômage. Notre génération est la première victime de la Droite au pouvoir et de sa politique de
l'emploi.
Six jeunes sur dix débutent leur carrière professionnelle par un contrat de travail temporaire, dont près du
tiers en intérim. Dans un contexte où études et diplômes ne riment plus avec emploi, les dispositifs d'aide à
l'insertion des jeunes dans la vie active proposés par la Droite ne sont que des emplois au rabais sans
perspective réelle d'avenir. CIVIS, « contrat-jeune en entreprise », « contrat d'avenir » et autres contrats
comme le contrat « nouvelles embauches » sont venus remplacer les emplois jeunes supprimés par Raffarin
dès son accès au gouvernement alors qu'ils avaient permis la création de nombreux emplois. Subventionnés par
l'Etat à hauteur de 80%, ces contrats ne sont en fait que des exonérations de cotisations sociales de plus
offertes au patronat. De plus, ils sont en majorité payés en dessous du SMIC. Pour le MEDEF, le seul intérêt de
l'embauche d'un jeune sur un poste sous-qualifié, bien entendu - est de pousser vers la sortie des seniors
trop chers et de précariser encore plus le travail.
Pour la Droite, la priorité donnée à l'emploi n'est pas de faire reculer le chômage et d'améliorer les
conditions des travailleurs, mais de « libérer » les entreprises de leur responsabilité sociale et de flexibiliser
le « marché » des demandeurs d'emploi. La stratégie de la Droite est simple : pousser les chômeurs à
accepter n'importe quel emploi à n'importe quel salaire. La fameuse « armée de réserve » du capitalisme
décrite par Marx est encore d'actualité. Cette stratégie lui permet de mener à bien sa politique de classe en
distribuant les richesses au seul profit du capital. La compétition ne se fait pas seulement entre inactifs et
actifs, entre chômeurs et salariés, mais aussi entre les sans-emplois. Le modèle de société proposé par la
Droite, c'est de laisser comme seule perspective à notre génération de briguer le travail de nos parents,
quand ce ne sont pas le chômage et l'exclusion qui sont imposés au plus grand nombre. La Droite organise
la division sociale et le conflit générationnel pour casser nos capacités de résistance collectives.
Depuis 2002, les gouvernements successifs se sont distingués par leur travail acharné de destruction des
dispositifs mis en place par la Gauche plurielle : fin des 35 heures, exit les emplois jeunes, adieu la loi de
modernisation sociale. Chirac nous affirme que la réduction du temps de travail est un acquis social sur
lequel on ne peut revenir. Il ment, sa majorité la démantèle. La seule réponse de la Droite à la montée du
chômage réside dans le démantèlement du code du travail, dans la baisse dogmatique des impôts, surtout
pour les plus favorisés, et dans la réduction des cotisations patronales. Ces « charges » sociales qui
constitueraient un frein à l'embauche et à la compétitivité des entreprises françaises sont pourtant la
condition sine qua non de la solidarité dans notre pays. La Droite et la majorité du patronat analysent le
travail comme un coût, les travailleurs comme des variables d'ajustement. Les entrepreneurs encaissent les
gains de ces effets d'aubaine sans que les salariés, qui voient leur pouvoir d'achat baisser, en bénéficient de
leur côté. Le sentiment d'oppression et la peur du déclassement liés à la crise économique et sociale,
l'absence de perspectives pour notre génération nous font douter de notre propre capacité à construire
notre avenir. Cette crise de confiance en l'avenir, la pire pour la jeunesse, est en grande partie de la
responsabilité de la Droite.
Au bout du compte, en dix ans de règne de Chirac, la seule période de baisse continue du chômage qu'aura
connu notre pays se sera faite sous le gouvernement de la Gauche plurielle ! Près de deux millions d'emplois
créés et près d'un million de chômeurs en moins entre 1998 et 2001. Un chômage qui repart nettement à la
hausse et
plus d'un million d'emplois perdus depuis.
Après le salarié coûteux, la Droite s'attaque au chômeur fardeau, à cet enfant gâté qui rechigne à déployer
les efforts nécessaires à la recherche d'un emploi. D'où un renforcement des contrôles, une rhétorique de
responsabilité qui vire à la culpabilisation et popularise la thèse du chômeur-fraudeur. Lorsque l'on veut
tuer son chien, on dit qu'il a la rage... Toute la politique de la Droite depuis 3 ans est fondée sur cette idée.
RMA hier, qui instaure l'obligation d'activité pour un salaire au rabais, et aujourd'hui la prime de 1000 euros
de Villepin pour inciter les « fainéants » à accepter n'importe quel travail sous peine de ne plus être
indemnisés. Cela s'inscrit dans le cadre du « traitement statistique du chômage » qui a pour but de faire baisser le
nombre de chômeurs en les comptabilisant comme inactifs.
Cette politique libérale est à l'oeuvre dans de nombreux pays en Europe. En Allemagne par exemple, avec le
plan Hartz IV, le chômeur est contraint d'accepter tout emploi qui s'offre à lui. Il doit déclarer tous ses
biens, ceux de son conjoint et l'épargne de ses enfants, pour éviter tout abus supposé. A force de s'inspirer
du modèle libéral dominant, un certain nombre de nos camarades sociaux-démocrates au pouvoir en
Europe s'éloignent de leurs idéaux de justice sociale au point même qu'ils sont aujourd'hui cités comme
modèle par la Droite française. Nous pensons qu'il existe bien une différence entre la Droite et la Gauche.
Pour les jeunes, la Gauche ne peut se résigner à mettre des pansements sur les plaies causées par le
capitalisme.
· Redonner confiance en l'avenir : un emploi pour chacun
En tant que jeunes socialistes, nous refusons la fatalité de la crise et d'un taux de chômage de 10%. Notre
objectif politique demeure le plein emploi. Nous devons refuser la banalisation des emplois précaires :
pour nous, le CDI doit rester la norme du droit. Cet objectif suppose une politique de l'emploi
volontariste. Pour nous, socialistes, la politique de l'emploi, c'est d'abord une politique économique où
l'Etat joue un rôle moteur de relance de la consommation et de stimulation de la croissance. La montée du
chômage en France s'inscrit dans un contexte européen (20 millions de chômeurs en 2004). L'implacable
progression du chômage et de la précarité, qui touchent plus particulièrement les jeunes, illustre l'incapacité
de l'Union à donner une impulsion pour l'emploi faute d'instruments et de moyens budgétaires. En se
muselant par les contraintes du pacte de stabilité, en refusant de doter l'Union européenne d'un budget
digne de ce nom, en continuant de soumettre la politique monétaire à la seule autorité de la Banque
Centrale Européenne (BCE), indépendante et politiquement irresponsable, les gouvernements se privent
des moyens d'une réelle politique de l'emploi. Le nouveau schéma institutionnel dont doit se doter l'Union
devra revenir sur l'indépendance de la BCE afin de mettre en place une politique monétaire
commune et de créer un gouvernement économique capable de conduire une politique de l'emploi
volontariste en Europe, en prenant pour exemple les modèles sociaux les plus avancés. Les objectifs assignés à
la BCE doivent aussi être diversifiés : à la lutte contre l'inflation doit être ajoutée la recherche de la
croissance et du plein emploi.
Cela passe aussi par une politique industrielle inscrite dans le cadre du développement durable, notamment par
des investissements massifs et des grands travaux, renouvelée tant au niveau français qu'européen.
Les chantiers ne manquent pas : infrastructures de transports transnationales (train et route),
développement des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication), construction massive de
logements et renouvellement urbain, effort de recherche et d'innovation, rattrapage structurel notamment
pour les dix nouveaux pays de l'UE afin de réussir l'élargissement... Les budgets de l'Etat et celui de
l'Europe doivent être augmentés. Les socialistes doivent dire qu'ils augmenteront les impôts en
réaffirmant le principe de progressivité dans le sens de plus de justice fiscale.
Les socialistes devront aussi assumer qu'une politique de l'emploi volontariste passe par le recours
à l'emploi public. Il faudra programmer sur 10 ans des recrutements massifs de titulaires dans la fonction
publique pour faire face aux besoins selon les secteurs (éducation, santé, justice, travailleurs sociaux...).
Aujourd'hui le recours aux CDD et aux emplois aidés est massif dans la fonction publique sans pour autant
permettre l'ouverture du droit à la prime de précarité ! L'Etat employeur doit être exemplaire dans
la gestion de son personnel. Les contrats précaires devront être limités et une charte des
contractuels de la fonction publique doit être promulguée pour honorer les principes d'équité et de respect du
salariat.
Nous devrons nous atteler sérieusement à l'éradication du chômage des jeunes. Un nouveau dispositif
sur le modèle des emploi-jeunes de 1997 doit être mis en place en complément des emplois
associatifs créés par les régions gérées par la Gauche. Ce dispositif devra comporter un véritable volet formation
et assurer la pérennité de ces emplois dont l'utilité sociale est reconnue. Il faudra également élargir la base
sociale de recrutement de ces emplois. Il est capital que les bénéficiaires de ces mesures puissent bénéficier d'un
accompagnement cohérent piloté par un référent compétent (formateur AFPA, GRETA...). Des entretiens
personnalisés mensuels permettront de faire un point régulier sur les projets, les compétences acquises, les besoins
et projets de formation. Ainsi accompagné et soutenu, le jeune parviendra à mieux vivre ses premiers pas dans le
monde professionnel et à avoir de solides perspectives quant à son orientation professionnelle ultérieure.
Un dispositif d'insertion dans l'entreprise doit être développé notamment par la taxation des grandes
entreprises qui n'embauchent pas de jeunes sans expérience professionnelle ou de personnes de plus de 50
ans. De plus, la responsabilité sociale des entreprises dans la formation des jeunes et notamment des non-
diplômés devra être développée. Ainsi, la formation des apprentis par des salariés amenés à partir en
retraite, devra être favorisée.
Pour mettre un terme à la précarisation des jeunes dans l'entreprise, les socialistes devront prendre les
mesures nécessaires à leur protection et à la garantie de l'égalité des droits tout en permettant aux jeunes
de mener à bien leurs projets éducatifs et professionnels.
Pour les jeunes apprentis, tout d'abord, nous proposons d'améliorer les conditions de la formation initiale,
déterminante pour la poursuite de la carrière professionnelle en rendant gratuits les outils pédagogiques et
professionnels et en permettant aux apprentis de poursuivre leur formation en CFA même en cas de
rupture de contrat par l'employeur. Il doit aussi leur être permis de redoubler en cas d'échec à un examen, quel
qu'il soit, afin de ne pas désavantager les jeunes n'ayant pas les ressources nécessaires pour poursuivre leur scolarité
dans des structures privées. Grâce au contrat d'apprentissage, les jeunes peuvent acquérir à la fois diplômes et
expérience.
Les employeurs doivent être, par des mesures fiscales ou des aides, incités à embaucher les apprentis à l'issue de
leur contrat d'apprentissage de manière à pérenniser leur emploi et à rendre le contrat plus attractif auprès des
jeunes. Dans les plus petites entreprises, les pouvoirs publics pourront accompagner ces embauches et permettre de
pérenniser ces emplois, par d'autres mesures incitatives. Ces mesures devront s'accompagner d'une revalorisation
conséquente des salaires des apprentis, qui aujourd'hui ne garantit pas leur autonomie financière, ne leur permet
pas de construire un parcours professionnel et les maintient dans na la pauvreté, et de l'image de ces filières.
Plus largement, l'amélioration de la condition du jeune dans l'entreprise passe par la suppression des
dispositifs spécifiques aux jeunes qui sont dérogatoires au droit du travail, qui ne débouchent pas sur un
emploi stable et exonèrent les patrons de cotisations sociales (contrat aidé dans l'entreprise, contrat
nouvelles embauches ...). Ces dispositifs ne font que précariser les jeunes sur le long terme. Il est tout d'abord
indispensable d'abroger le "contrat nouvelles embauches" mis en place par le gouvernement Villepin pour
diminuer le chômage des jeunes. En effet, ce contrat n'est rien d'autre qu'un contrat à durée déterminée d'un jour,
renouvelable pendant deux ans. En mettant en place une période d'essai de deux ans, sans réelle compensation en
cas de licenciement, ce contrat ne fait qu'accroître la précarité et la dépendance des jeunes dans l'entreprise. De
même, il faudra remettre en cause la non prise en compte des moins de 26 ans au sein des
entreprises, instituée par ce contrat.
Ces contrats ont tous montré leurs limites, leurs effets pervers et leur inefficacité. Les jeunes étant les
premiers touchés par la déqualification des postes, la reconnaissance légale des diplômes et du niveau de
formation et d'études doivent être garantis dès l'entrée dans le monde du travail. Cette reconnaissance doit
être le point de départ et de référence du déroulement de carrière et de la formation professionnelle et
continue dans la vie active.
Le système actuel des stages est au coeur d'une logique d'exploitation et précarisation des jeunes. La destruction de
postes fixes pour cause de rotation de stagiaires sur un même poste, fragilise les étudiants en formation et
l'ensemble de la population active mise en concurrence avec les stagiaires. Parce que le stagiaire est un étudiant en
formation professionnelle, le MJS propose la création d'un statut du stagiaire dans le code du travail. Ce
statut réglementera les conditions d'exécution des stages. Le stagiaire devra être encadré par un maître de stage
compétent et disponible pour sa formation et aura une mission bien définie dès son début. La durée du stage ne
pourra pas dépasser 6 mois non reconductibles. Au-delà de 6 mois on ne peut plus parler de stage mais de CDD.
Dans le cadre de certaines formations, la durée de stage pourra être prolongé de 3 mois. Le stagiaire ne pourra en
aucun cas travailler plus des 35 heures légales et le travail de nuit doit rester l'exception de certains corps de métier.
Les stages devront êtres indemnisés avec un seuil minimum légal de rémunération. Ils devront êtres comptabilisés
comme véritable expérience professionnelle prise en compte dans le calcul de l'ancienneté. Par ailleurs une véritable
protection sociale du stagiaire devra être mise en place et notamment prévoir l'accès aux allocations chômage ainsi
qu'aux droits à la retraite.
Près d'un étudiant sur deux est aujourd'hui contraint de se salarier pour financer ses études. Ces petits boulots,
souvent précaires et sans intérêt pédagogique, sont une des causes de l'échec massif en 1er cycle universitaire. Si
notre objectif doit être de réformer le système d'aide sociale aux étudiants pour que cesse ce salariat étudiant subi, il
n'en faut pas moins prendre des mesures immédiates pour les étudiants salariés, afin que leur activité
professionnelle compromette moins leur réussite universitaire.
Ces étudiants devront donc bénéficier
d'aménagements horaires et d'un congé spécial révisions et examens ainsi que des mêmes droits sociaux
que les autres salariés au sein de l'entreprise. De la même manière, l'égalité des droits avec les autres
salariés doit être rappelée et renforcée pour les emplois saisonniers auxquels 700 000 jeunes ont recours
chaque année. Ils devront donc bénéficier de l'indemnité de précarité dont ils sont privés aujourd'hui.
· Pour un réel service public de l'emploi
Alors que la Droite a décidé d'ouvrir le secteur de l'emploi à la concurrence, les jeunes socialistes demandent
une refonte totale du service public de l'emploi. Il doit faire travailler ensemble tous ceux qui oeuvrent contre
le chômage et l`exclusion, afin d'assurer une politique active et cohérente pour l'accompagnement dans l'insertion et
le retour à l'emploi. Ainsi, des maisons de l'emploi permettant la mise en place d'un guichet unique et
regroupant les ANPE, les Assedic, les Missions locales et les directions départementales doivent êtres créés en lien
avec les différentes structures de formation, AFPA et Education Nationale notamment. Pour assurer une meilleure
intégration des jeunes dans la vie active, les Missions Locales devront voir leurs moyens renforcés,
notamment pour permettre un suivi individualisé (TRACE) et une création des liens avec les différents acteurs socio-
éducatifs et économiques. Les entreprises devront déclarer toute offre d'emploi à ces structures qui auront
l'exclusivité de leur diffusion pendant une certaine durée. Nous ne devons cependant pas négliger le rôle des
associations d'aide à l'insertion professionnelle qui offrent un suivi, un accompagnement ou une formation aux
demandeurs d'emploi. Suite à la baisse des subventions de l'état, ces structures se trouvent aujourd'hui en difficulté.
· Vers la Sécurité sociale professionnelle
À la société de travailleurs pauvres que portent la Droite et le MEDEF, nous opposons une société des
protections collectives qui permettent de sécuriser les parcours professionnels. Nous proposons la
création d'une "sécurité sociale professionnelle" (SSP). Si l'évolution des métiers et des technologies
imposera à l'avenir de changer plus souvent d'activité, le CDI et l'emploi stable doivent rester la norme, le plein
emploi doit rester notre objectif. La sécurité sociale professionnelle doit avant tout permettre de protéger les droits
des travailleurs à travers les aléas de carrières moins linéaires que par le passé. Alors que l'extension du champ de
la protection sociale depuis 1945 a déjà permis de prendre en compte les périodes de maladie et de chômage, il
s'agit bien de socialiser le risque lié à des périodes intermédiaires qui tendent à se multiplier. La SSP sera le
moyen pour le salarié d'assurer sa liberté de se former, d'entreprendre, de se consacrer à sa vie de
famille ou à une activité non lucrative, tout en étant assuré de retrouver ensuite un emploi
rémunéré. Le droit à la mobilité professionnelle et à l'organisation d'une carrière diversifiée passera par la
protection du salarié dans toutes les situations de rupture de son intégration professionnelle. Il faut mettre en place
un suivi individualisé, permettre le maintien du contrat de travail et du salaire (revenu de transition) jusqu'à ce qu'un
emploi ait été trouvé. Cela implique une réorientation des 17 milliards du budget de la politique de l'emploi qui sont
actuellement consacrés aux allégements de cotisations sociales. Toute aide aux entreprises doit être conditionnée
par d'importantes contreparties sociales (valorisation du salaire net, emplois pérennes, réduction du temps de
travail...) et organisationnels (mobilité, représentativité syndicale...). Pour garantir le droit à la formation et à la
reconnaissance des compétences, la SSP devra s'accompagner d'une refonte et d'un regroupement des structures
actuelles de formation continue (Etat, collectivités, et entreprises) au sein d'un service public placé sous la tutelle de
l'Etat, des organisations syndicales et professionnelles. Pour que la formation continue ne bénéficie plus
prioritairement aux salariés les plus qualifiés, il faut la systématiser et garantir son financement par l'entreprise et sa
prise en compte dans le temps de travail du salarié.
· Combattre la précarité : un emploi de qualité
Aujourd'hui, en France, l'emploi n'est plus un rempart contre la pauvreté et contre la précarité. Un emploi
qui ne permet pas de sortir de la pauvreté n'en est pas un. Nous devons d'abord agir pour ces millions de
Français, travailleurs pauvres, pour qui, emploi se conjugue parfois au pluriel et rime toujours avec
précarité. Assouplissement des règles de licenciement, menaces permanentes sur les salariés du type des
chantages aux délocalisations que Siemens et Bosch ont inauguré l'année dernière en France et en
Allemagne. La flexibilisation des formes et des heures de travail et la création de nouveaux types de
contrats, contrats de mission, contrats « nouvelles embauches » avec une période d'essai de deux ans...
visent à anéantir le CDI. Aujourd'hui, des salariés sont embauchés sur des contrats et donc des statuts
différents alors qu'ils exercent les mêmes tâches au sein d'une même entreprise.
Au-delà de la précarité de statut des salariés, les conditions de travail se détériorent : emplois en centres
d'appel et fast foods constituent une nouvelle classe d'ouvriers mal payés, mal protégés et sans perspectives
d'évolution. Les contraintes de rythme s'ajoutent à cette pénibilité du travail: irrégularité et amplitude des
horaires, non maîtrise des emplois du temps... Le CDI ne protège malheureusement pas toujours le salarié. Ses
limites sont révélées par le recours de certaines entreprises à des pressions à l'emploi, des conditions d'horaire
contraignantes, pénibilités pouvant amener le salarié à quitter son emploi sans bénéficier d'allocations chômage.
Notre ambition de socialistes devra être de faire évoluer le droit du travail pour avancer vers davantage de droits
sociaux. Une campagne de sensibilisation au harcèlement moral et sexuel doit également être mise en place. De
plus, la définition du harcèlement doit être élargie sur le modèle de celle proposée par l'Union européenne. Nous
demandons l'inversion de la charge de la preuve en matière de harcèlement moral et sexuel. Les
sanctions doivent être accentuées envers les employeurs ou salariés coupables de harcèlement.
Alors qu'ils ne représentent que 8,5% des travailleurs, les moins de 25 ans sont impliqués dans plus de 20%
des accidents de travail avec arrêt. Cette suraccidentalité n'est pourtant qu'un indicateur parmi d'autres de
la plus grande dureté de leurs conditions de travail. Derniers arrivés dans l'entreprise, ils héritent des
tâches les plus pénibles. Mais, surtout, la dégradation générale des conditions de travail résultant de la mise
en place de nouvelles formes d'organisation (production en flux-tendus, sous-traitance, intérim...) les
touche de plein fouet. Plus nombreux en intérim que les autres catégories d'âge, les jeunes subissent une
politique de sous-traitance des risques menée par les entreprises.
Face aux attaques incessantes portées au code du travail par la Droite, la puissance publique doit réaffirmer
la légitimité du contrôle et rassembler, sous un seul et unique Ministère, l'inspection du travail. Il
faut augmenter massivement le nombre des inspecteurs du travail et renforcer leur rôle ainsi que
leurs moyens afin que la République soit en mesure de faire respecter les droits des travailleurs. La
discrimination, le racisme, le sexisme, toutes les formes de harcèlement, le non-respect des quotas imposés
par la loi notamment pour les personnes handicapées seront mieux combattus. La place des personnes
handicapées dans l'entreprise devrait faire l'objet d'actions volontaristes plus importantes. De plus, le
non-respect des normes d'hygiène et de sécurité sera plus sanctionné. Enfin tout licenciement pour motif
économique devra obtenir l'autorisation préalable de l'Inspection du travail. L'Education Nationale
assurera une formation en droit du travail d'au moins une journée tous les ans pour les jeunes en âge légal de
travailler.
Pour les demandeurs d'emploi longue durée ou les bénéficiaires des minima sociaux, nous devons proposer des
solutions respectueuses de leurs besoins. Chaque allocataire du RMI en recherche d'emploi doit être suivi
par un référent qui l'accompagnera dans l'élaboration d'un parcours de retour à l'emploi
individualisé. Dans ce cadre les contrats aidés ne devront plus constituer des emplois au rabais mais de véritables
tremplins vers l'emploi. Ils devront s'adresser au secteur non marchand mais aussi au secteur marchand afin que
chacun puisse y recourir. Ils devront également être encadrés par une réglementation très stricte pour éviter que les
employeurs n'en abusent : obligation de proposer une formation qualifiante aux bénéficiaires dont le financement
sera assuré conjointement par l'employeur et les pouvoirs publics, durée de contrat limité dans le temps, aide à la
consolidation de l'emploi dans l'entreprise de manière à ce que le contrat aidé puisse déboucher sur un emploi
durable.
Au contraire, le RMA est une machine à créer des travailleurs pauvres, un outil d'humiliation des plus
démunis et un dispositif de plus offrant aux employeurs une main d'oeuvre au rabais. Le droit à l'insertion laisse
place à l'obligation d'activité, le contrat n'est qu'esclavage. C'est pourquoi nous demandons sa suppression.
Comme l'ont démontré les lois Aubry, la Réduction du Temps de Travail (RTT) est un puissant vecteur de réduction
du chômage. C'est pourquoi les aides accordées aux entreprises doivent rester impérativement liées à la création de
nouveaux emplois. Nous devons veiller à ce que la RTT ne favorise pas le développement des emplois atypiques,
notamment le temps partiel imposé.
L'objectif légitime de réduction du temps de travail ne doit pas se faire au prix d'une précarisation accrue des
salariés, comme cela a été le cas au niveau européen où la directive « temps de travail » a légalisé la flexibilisation
et l'annualisation. Cinq ans après la mise en place des 35h beaucoup de salariés se sont vus imposer une flexibilité
accrue du temps de travail et une charge de travail supplémentaire, lorsque la RTT n'a pas été suivie d'embauche.
L'arrivée de la Droite au pouvoir a mis un coup d'arrêt à la mise en place des 35h créant ainsi une nouvelle inégalité
entre les salariés qui en bénéficient et les autres. Où est cette société du temps libéré que nous appelions de nos
voeux en 1997 ?
Entre « travailler moins, travailler tous, pour mieux vivre ensemble » et « travailler à quelques-uns, travailler plus,
travailler pour moins cher » notre choix est fait. Nous demandons la généralisation de la RTT à toutes les
entreprises (notamment aider davantage les PME pour qu'elles y parviennent) sans perte de pouvoir d'achat
et une diminution de la précarité. Cela passe par une suppression de l'annualisation subie du temps de travail,
la diminution de la durée maximale hebdomadaire du travail à 44h (contre 48h aujourd'hui). De plus, la restriction
du contingent autorisé des heures supplémentaires et leur surtaxation bien plus forte qu'aujourd'hui devront
permettre d'atteindre un niveau réellement dissuasif.
Il est insensé de devoir recourir aux heures supplémentaire pour boucler les fins de mois. Les recours aux heures
supplémentaires doit être imprévisible et exceptionnel. Plus généralement nous devrons limiter plus strictement les
dérogations tolérées par les lois Aubry et les contre parties demandées aux salariés dans le cadre de négociations
entre les partenaires sociaux.
Nous faisons le choix d'une société du temps libéré où de nouveaux espaces de liberté s `ouvrent à chacun et où le
temps de travail légal et le salaire minimum doivent suffire pour permettre à chacun de vivre décemment. Nous
souhaitons que les socialistes, après avoir réalisé une étape décisive dans ce mouvement séculaire avec la réduction
de la durée légale du travail à 35h hebdomadaires par la loi, n'abandonnent pas la RTT comme outil de partage des
richesses, de lutte pour le plein emploi et d'émancipation. Ainsi en France et
surtout en Europe, nous défendons
une réduction importante du nombre d'heures travaillées pour aboutir à la semaine des 32h et des
quatre jours sans aucune perte de salaire ni gels des augmentations sur plusieurs années.
Après plusieurs années de gel des salaires, le pouvoir d'achat des salariés s'est dégradé. Les jeunes surtout
sont souvent contraints de rester chez leurs parents plus longtemps ou d'accepter des emplois sous
qualifiés et mal rémunérés. Parfois les deux. Le décalage entre le coût de la vie, le niveau de bénéfice des
entreprises, les parachutes dorés des grands patrons et le niveau des salaires est devenu inacceptable. Il est
temps de revenir à l'offensive sur la question des salaires. Pour nous, la revalorisation du travail passe par la
revalorisation de la rémunération du travail, et non par une réduction de l'allocation chômage. Nous
demandons donc la mise en place d'une conférence annuelle sur les salaires et exigeons une forte
augmentation du SMIC. L'ensemble des salaires devront être augmentés d'après un indice supérieur à l'inflation
afin de garantir une progression du pouvoir d'achat. Nous demandons aussi une grille de salaire dont les minima
doivent au moins être alignés sur le salaire minimum et qu'un coefficient multiplicateur limité entre les plus
bas et les plus hauts salaires soit établi.
Si certains patrons ne veulent pas assumer leur responsabilité sociale, la collectivité doit leur imposer une
redistribution plus juste de la richesse produite. Il est temps de favoriser la rémunération du travail
(salariés) et non plus du capital (actionnaires).
· Répondre politiquement à l'exclusion
Lutter contre la pauvreté et l'exclusion, un combat archaïque ? Malheureusement non. En France, en 2005,
plus de 6 millions de personnes, dont un million d'enfants, vivent en dessous du seuil de pauvreté et près de
100 000 personnes sont exclues du logement.
La pauvreté progresse en France et en Europe. Les associations font un travail précieux et agissent dans des
situations de plus en plus urgentes. Elles sont les premiers témoins de l'augmentation des besoins d'un nombre
grandissant de personnes. À ce titre elles devraient être une force de proposition. Pour autant, cela ne peut pas
dispenser les pouvoirs publics d'apporter de vraies réponses politiques. La Droite se satisfait amplement
des actions caritatives, et traite la question de l'exclusion sur l'unique mode de l'émotion et de la charité en
oubliant que l'exclusion est le plus souvent le résultat des politiques libérales qu'elle mène. Résultat, chaque
hiver les médias nous apitoient sur la mort de SDF et chaque été des élus en quête de retombées électorales
promulguent des arrêtés anti-mendicité pour éloigner ces pauvres qui dérangent. La charité ne peut être la
réponse des socialistes.
Une société où la surconsommation est érigée en modèle pousse inévitablement au surendettement.
Chaque mois, 5000 dossiers sont déposés devant les commissions de surendettement. Le plan de
surendettement déposé devant la commission n'a rien à voir avec l'aide aux personnes victimes de surendettement,
mais gère uniquement les cas d'extrême urgence, pour lesquels il est déjà trop tard pour agir. Les délais de
traitement des dossiers sont trop longs et laissent aux personnes en difficultés de se retrouver dans des situations
inextricables.
Prévenir le surendettement passe donc par un meilleur encadrement du droit des consommateurs
notamment face aux sociétés de crédit et par un contrôle accru des pratiques de ces organismes
financiers. Pourquoi ne pas créer un véritable service public de prévention et de protection des
consommateurs ? Des conseillers professionnels devraient être chargés d'accompagner les personnes dans
leurs démarches pour les demandes de crédits. Dans ce combat, le matraquage publicitaire apparaît comme
une difficulté, le législateur doit réfléchir au renforcement de la réglementation de toute publicité
concernant la souscription à un crédit à la consommation. Des dispositifs d'alerte doivent être mis en
place pour éviter le basculement dans la grande exclusion. La faillite civile qui permet, dans les cas
sans issue, l'effacement des dettes du ménage doit être améliorée. La Gauche doit proposer de
calquer la faillite civile sur le régime des faillites des sociétés, proposant ainsi un apurement du passif et un
désintéressement des créanciers quand les revenus du ménage ne permettent plus d'assurer le remboursement des
dettes, avant d'attendre que la situation ne se dégrade et d'engendrer des situations dramatiques pour les familles.
De plus, les situations de surendettement doivent être prise en compte dans la comptabilité des revenus des
ménages destinés à fixer le niveau des prestations sociales et des allocations versées par l'Etat.
Il appartient aux socialistes de réinvestir le champ de la lutte contre l'exclusion au nom de l'émancipation et
de la solidarité en menant une politique qui a pour objectif la réinsertion des individus et leur autonomie.
Les citoyens les plus en difficulté doivent de plus bénéficier d'un revenu minimum situé au-dessus du seuil de
pauvreté , expression d'une solidarité nationale qui ne doit exiger aucune contrepartie. Pour nous, répondre
à la crise sociale, c'est avant tout lutter contre les inégalités et l'injustice. Une société n'a pas d'avenir s'il
n'est pas partagé par tous.
· Le droit à la Santé pour tous et partout
Le droit à la santé est un droit fondamental. La réforme de l'assurance maladie remet en cause le principe de
solidarité et de protection universelle qui avaient présidé à la naissance de la sécurité sociale, il y a exactement 60
ans, sous l'impulsion du Conseil National de la Résistance. Cette réforme est d'abord inefficace : elle prétend vouloir
maîtriser les dépenses sans modifier en profondeur les recettes, préfère la culpabilisation à la prévention, refusant
par là même de donner les moyens à la mise en oeuvre d'une véritable politique d'éducation à la santé : elle refuse
de remettre à plat l'organisation du système de soins. Elle est ensuite injuste, ne faisant porter l'effort financier que
sur les assurés et réduisant encore davantage les protections collectives dont pouvaient bénéficier les plus fragiles,
créant ainsi une médecine à 2 vitesses. De plus, derrière une logique de basculement des frais de santé sur l'usager
se retrouve un dispositif encore plus insidieux : celui du « médecin traitant ». Cette mesure est venue remplacer le «
médecin référent », mesure positive qui avait été mise en place par la Gauche, un médecin généraliste placé comme
acteur central du dispositif de soins. Pour la Gauche, il s'agissait de permettre un suivi individualisé des patients dans
une logique de prévention. Avec la Droite, le « médecin traitant » n'est plus forcément un généraliste mais n'importe
quel praticien, dont la non consultation en amont du parcours de soins autorisera un dépassement d'honoraires par
tous les praticiens vus dans ce parcours. Ainsi, le gouvernement permet à bon compte une augmentation de fait des
honoraires des médecins libéraux qui la réclament depuis de nombreuses années et font payer la différence
directement aux patients au nom, encore une fois, de leur responsabilisation. Le système du médecin traitant est de
plus particulièrement inadapté à la situation des jeunes souvent mobiles pendant leurs études ou au début de leur
vie professionnelle.
La réforme a érodé le consensus national autour de la prise en charge de la santé par la collectivité. Le recours
récurrent au système des franchises (contribution forfaitaire de un euro, forfait hospitalier, 18 euros sur les actes
médicaux lourds), dont le montant pourra évoluer à loisir à l'avenir, fait peser des efforts supplémentaires sur les
assurés en diminuant la prise en charge par la solidarité nationale. L'incohérence de la politique de
déremboursement (la sécurité sociale continue à rembourser à hauteur de 15% des médicaments dont l'inefficacité
a été scientifiquement démontrée !), sous pression du lobby des industries pharmaceutiques, démontre bien
l'incohérence entre les objectifs affichés de maîtrise des dépenses et les arbitrages politiques rendus. Plus
globalement, aucune politique cohérente sur la question des médicaments (maîtrise de la consommation, promotion
des génériques, rôle des industries pharmaceutiques...) n'a été réfléchie.
En effet, depuis la réforme, nous ne pouvons que constater que la pression des laboratoires, sous forme de
compensation financières, a été plus persuasive et que les promesses des médecins ont été vites oubliées. Nous
devons réaffirmer que toute augmentation des tarifs médicaux doit passer par un réel engagement
chiffré de la prescription des génériques. De plus, les brevets sur les formules médicamenteuses
doivent être sinon abolis du moins réduits dans la durée. Il doit être possible pour les gouvernements de
passer outre ces brevets pour des raisons de santé publique notamment pour des campagnes de prévention et la
lutte contre les épidémies comme le sida en Afrique par exemple.
Défendre une politique de santé de Gauche c'est aussi défendre des acteurs de la santé au service de l'intérêt
général. Ainsi les socialistes devront remettre en cause le Plan Hôpital 2007 de la Droite qui ouvre la voie à la
privatisation des hôpitaux. Ils devront revenir sur la mise en oeuvre de la tarification à l'activité qui contraint les
hôpitaux publics à satisfaire des objectifs de rentabilité pour leur subventionnement parfois au détriment de la
qualité des soins et de la prise en charge des patients. Ils devront lancer un programme de modernisation
de l'Hôpital public, défendre les structures de proximité comme les maternités et les services d'urgence.
Face au développement des inégalités territoriales en matière d'accès aux soins et en raison du manque de
médecins généralistes, la démographie médicale et l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire doivent être des
préoccupations prioritaires. Une réforme du corps médical s'impose. Remettre en cause la liberté
d'installation, le paiement à l'acte qui devra progressivement se voir substituer une rémunération
par patient, en finir avec les dépassements d'honoraires et le système du conventionnement par
secteur doivent être des priorités. Cela passe nécessairement par une réforme des études médicales, il faut
aujourd'hui davantage sensibiliser les médecins au principe d'une bonne réforme (promotion des génériques,
prévention, maîtrise des dépenses...). il faut également moduler le numerus clausus dans une perspective
d'anticipation des besoins de couverture sanitaire et sociale de la population, et réglementer l'implantation
géographique. La psychiatrie, le laissé pour compte de la santé souffre du manque de personnel qualifié. Pour
assurer une meilleure prise en charge des patients, nous proposons la création d'une structure de
formation permanente à destination des personnels hospitaliers.
Face aux coûts de plus en plus élevés des soins de la médecine de ville, l'Etat devra subventionner les
collectivités territoriales qui souhaiteront mettre en place des dispensaires ou centres de soins
dentaires, pratiquants des tarifs conventionnés sur des spécialités médicales où la quasi-totalité des praticiens
exerçant en cabinet (dentaire, dermatologie, gynécologie...) pratiquent une véritable ségrégation, refusant même la
clientèle CMU, dont étrangement personne ne veut. Ces structures, insérées au coeur des villes, permettraient d'être
un lien fort pour assurer la prévention et mener des campagnes de sensibilisation.
La santé pour tous, cela veut dire que toute personne présente sur le territoire français a le droit d'être correctement
soignée quelle que soit sa nationalité, ou sa situation administrative. Les conditions restrictives d'accès à l'AME (Aide
Médicale d'Etat) votées par la Droite doivent être supprimées.
Les socialistes devront mettre en place une réelle politique publique de prévention. Pour cela, un
véritable service public de la prévention, allant de la maternelle à la médecine du travail, devra être créé et bénéficié
des moyens suffisants pour intervenir dans tous les domaines, assurer la mission fondamentale d'éducation de la
population aux bonnes pratiques en matière de santé, et contribuer ainsi à une maîtrise des dépenses selon le bon
précepte du « mieux vaut prévenir que guérir ». Il est en effet préoccupant d'observer que seulement 3 % des
dépenses de santé sont consacrées à la prévention, contre 97 % pour le curatif. Une véritable politique de
prévention ne peut se faire sans suivi régulier des patients. Nous proposons, sur l'exemple du bilan bucco-dentaire,
la réalisation d'un bilan médical sur la base d'une consultation périodique chez le médecin
généraliste tous les 2 ans. Les médecines scolaires et universitaires doivent disposer des moyens nécessaires pour
assumer leurs rôles de détection et de prévention. Un accès à une aide psychologique pour les étudiants doit être
mis en place dans l'ensemble des lieux d'apprentissage. L'ensemble de la communauté éducative doit se mobiliser
pour sensibiliser les jeunes aux problèmes relatifs à la santé publique. Pour cela, une campagne de prévention
continue doit être mise en place. Ceci peut se faire à plusieurs niveaux, par l'implication des mutuelles étudiantes et
des associations lycéennes et étudiantes, par le biais des centres médicaux sociaux ou encore par l'intervention
systématique et renouvelée d'organismes qualifiés tels que le planning familial .
· Renforcer le droit à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
La loi française donne aujourd'hui aux femmes le droit d'interrompre leur grossesse dans des conditions restrictives
de lieu et de temps. Ce droit qui permet à de nombreuses femmes de choisir librement leur maternité est encore
réduit dans les faits. Nous demandons, dans l'optique d'une amélioration de l'accès à l'IVG, une prise en charge à
100 % pour les patients n'ayant pas accès à la CMU ou à l'AME et la mise en conformité des Centres IVG
du service public au niveau des installations (plateau chirurgical) pour proposer une intervention entre 12 et 14
semaines d'aménorrhées selon le délai légal.
· Mourir dans la dignité
Afin de respecter le droit de chaque Homme à vivre dans la dignité, l'Etat doit s'assurer des conditions d'accueil,
d'encadrement et de soin dans les structures médicales. Il faut favoriser le dialogue entre les patients et les
médecins. Chaque patient doit recevoir individuellement (dans un livret d'accueil par exemple) la «charte
du patient hospitalisé» qui l'informe de ses droits. Un passage à l'hôpital, de courte ou de longue durée, est
toujours une épreuve pour chacun et les patients sont encore trop souvent traités comme des numéros. D'abord
pour des raisons comptables : Plus vite le lit est libre, plus vite un autre patient peut l'intégrer ! Si deux personnes
arrivent à faire le travail de trois pourquoi en embaucher une de plus... ? Mais aussi pour des raisons de formation :
la dimension humaine n'est pas assez abordée lors de la formation des personnels et notamment des médecins. Les
personnels soignants sont sous pression constamment oubliant souvent qu'un patient est aussi un être humain. Cela
passe donc par les moyens humains à augmenter et la formation médicale à améliorer mais aussi par un état des
lieux à établir en interrogeant les personnels et les patients. Aujourd'hui les progrès en médecine sont considérables,
les soins palliatifs existent et doivent être utilisés dans tous les cas où les patients souffrent. Bien que
des progrès aient été faits dans ce domaine, la lutte contre la douleur doit être une priorité. Il faut que l'on
admette le refus à l'acharnement thérapeutique. Ainsi le MJS se prononce pour que l'on rende légal le
testament de vie dans lequel le patient déclare refuser l'acharnement, demande à ce qu'on calme la douleur
même au péril de sa vie et qu'en dernier recours, on lui procure l'euthanasie (un mandataire est alors nommé par le
patient). Le MJS se prononce donc pour la dépénalisation de l'euthanasie et soutient la «proposition
de loi relative au droit de mourir dans la dignité » présentée en 1999 au Sénat.
· Organiser la solidarité intergénérationnelle
La réforme des retraites de 2003 a augmenté la durée de cotisation dans le secteur privé et public à 42
années de cotisations pour avoir droit à une retraite pleine et entière. Cette réforme porte un coup grave
au système de retraites par répartition et ouvre la voie à une génération de retraités pauvres d'autant plus
que s'allonge la durée moyenne des études. L'avenir est sombre pour notre génération et celles qui nous
précèdent. Si nous n'avons pas recours à l'épargne individuelle, il est fort à parier que nous n'aurons pas
accès au paiement de nos « salaires différés » une fois notre activité professionnelle terminée. La capacité
individuelle remplacera la solidarité professionnelle et intergénérationnelle.
Nous proposons d'abroger le décret Balladur et de revenir à un calcul de la retraite sur la base des dix
meilleures années avec un plafonnement pour les plus gros revenus du travail.
Dans la même logique, les socialistes devront abroger la réforme Fillon et revenir au principe de la
retraite à taux plein à 60 ans, avec possibilité de départ anticipé après 40 ans de cotisations. Une autre
réforme des retraites devra prendre en compte la pénibilité du travail dans la fixation de l'âge de
départ à la retraite ou de la durée de cotisation et devra être discutée et mise en place avec les partenaires
sociaux dans le but de pérenniser le système par répartition.
Nous devrons également prendre en compte les
années d'études dans le calcul des annuités car les jeunes entrant dans la vie active de plus en plus tard, peu
d'entre eux peuvent prétendre à une retraite à taux plein à 60 ans. Nous demandons la suppression des avantages
fiscaux pour les retraites par capitalisation (PERP, Plan Epargne Salariale et autres fonds de pensions) qui sont
autant de remises en cause graves du système par répartition.
· Assurer le financement de la réforme de la protection sociale
La question du financement de l'Assurance Maladie est directement liée à l'état du marché de l'emploi.
Toute politique d'emploi volontariste visant à lutter contre le chômage a des répercussions sur les comptes
de l'Assurance Maladie en augmentant le nombre de cotisants et donc les cotisations. Une politique de
Gauche qui crée de l'emploi renfloue donc les caisses, alors qu'une politique de Droite de baisse des
cotisations patronale les vide... Rappelons à cet égard que la Sécu était en excédent entre 1999 et 2001 ! De
plus, l'équilibre financier pourrait être aisément assuré en supprimant les très nombreuses
exonérations de cotisations sociales dont bénéficient les entreprises, qui réduisent fortement les rentrées
financières de la Sécu. Ces mesures à même de rétablir les recettes de la Sécu doivent permettre une amélioration
de la couverture des soins, notamment concernant les remboursements optiques et dentaires.
Au vue de l'augmentation inéluctable des dépenses de santé et du versement des retraites, le financement
du système de protection sociale ne pourra être uniquement fondé sur le travail. Nous proposons donc
une taxation plus importante et spécifique des revenus du patrimoine. De plus, il conviendra de
proposer une refonte globale de la fiscalité dans un sens progressif, permettant ainsi un
financement de la protection sociale plus efficace et plus juste. La CSG devra devenir progressive et
intégrer les cotisations sociales. Il faudra donc taxer toutes les productions de richesses. Le travail
étant la principale production de richesse, les travailleurs ont toute légitimité à continuer de participer à la
gestion du système dans le cadre de la démocratie sanitaire et sociale rénovée que nous portons.
Le financement de l'assurance maladie doit concilier plusieurs objectifs : une maîtrise des dépenses par une politique
systématique de déremboursement des médicaments à SMR (service médical rendu) insuffisant, une utilisation
systématique des génériques, un contrôle des abus (prescription des actes médicaux...). Un investissement majeur
dans la prévention, pour inverser le curseur dans le rapport préventif/curatif. Un rééquilibrage des recettes, en
cessant de faire peser les seuls efforts financiers sur les assurés mais en faisant contribuer davantage les entreprises
est nécessaire. L'importance des cotisations sociales dans le financement de la sécurité sociale doit être réaffirmée
en taxant les revenus du capital davantage que ceux issus du travail même.
· Vivre dans la dignité : un logement pour tous
Les nombreux morts dans les incendies de logements insalubres depuis mai 2005 illustrent une réalité cruelle : la
crise permanente du logement en France. Cette crise concerne trois millions de personnes mal-logées en France. Les
contrôles de sécurité et de salubrité des logements d'urgence et des logements vétustes doivent être renforcés pour
mettre un terme aux conditions de vie imposées aux plus démunis par des propriétaires véreux. Les expulsions de
logements qui sont à l'origine de ces situations sociales horribles doivent être suspendues à un relogement décent
proposé aux familles. Le droit au logement ne peut être régi par les seules règles du marché. Pour répondre aux
besoins, il faut développer le parc locatif, notamment à destination des jeunes. Les pouvoirs publics doivent investir
massivement dans la construction de logements sociaux à la fois dans les centres urbains et en périphérie, mettre en
place une fiscalité réellement dissuasive pour les logements vacants et ensuite avoir recours à leur réquisition.
Malgré la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) qui introduit le concept de mixité sociale en obligeant chaque
commune de plus de 3500 habitants à se doter de logements sociaux à hauteur de 20%, de nombreuses
communes continuent à refuser de construire des logements sociaux, préférant payer une amende. C'est pourquoi il
faut rendre réellement contraignantes les sanctions financières prévues lorsque le quota de 20% de
logements sociaux de qualité n'est pas atteint. Le calcul de ces quotas doit se faire par quartier et non plus
par ville. Enfin, si les municipalités ne remplissent pas leurs obligations en la matière, les préfets pourront les
inscrire à leur budget au titre des dépenses obligatoires et imposer à ces municipalités les permis de
construire de logements sociaux, nécessaires au respect de la loi. Par ailleurs, l'obtention d'un permis de
construire dans tout nouveau projet immobilier devra être conditionné par le respect d'un minimum
de 20% de logements sociaux.
Les parcs existants doivent être réhabilités et les logements vétustes remplacés. Les banlieues ghettos devront faire
l'objet d'un plan d'envergure de rénovation urbaine, de réhabilitation et sortir de la logique de l'ANRU qui
permet à des maires peu scrupuleux de se servir de cet outil pour démolir des immeubles et ainsi mieux envoyer ses
habitants se loger dans des endroits bien loin de leur logement initial.
Nous proposons, de plus, la création d'une Couverture Logement Universelle par l'instauration d'un
véritable service public du logement. L'Etat et les collectivités publiques devront participer à une politique
d'encadrement et de modération des loyers. Les loyers ne devront pas augmenter plus vite que la moyenne
des salaires, y compris en cas de changement de locataire et/ou de propriétaire. Ainsi, pour mettre fin aux multiples
discriminations dans l'accès au logement, ce nouveau service public aidera les locataires dans leurs
démarches et pourra contrôler les loyers et les propriétaires. Les agences immobilières et les
organismes bailleurs pourront en échange garantir à ces derniers, par la création d'un fond nouveau
de solidarité, le cautionnement et le paiement des loyers. Un « cahier des charges » définissant les
éléments d'information et de garantie que le propriétaire est en droit de demander sera établi. Ce
nouvel organisme disposera de moyens renforcés pour inspecter tout logement mis en location dans le but de
contrôler le respect des normes sanitaires. Toute personne physique ou morale s'étant vue refuser la certification
d'habitabilité d'un bien sera mise en demeure de procéder au début des travaux de mise aux normes sous peine
d'expropriation dans un délai de six mois.
Ce nouveau service public devra également mettre à disposition des constructions des terrains propriété d'Etat ou
des terrains qui pourraient directement être préemptés en liaison avec les établissements fonciers régionaux.
Les commissions d'attribution de logements devront être améliorées afin d'aboutir à une plus grande transparence
sur leur fonctionnement. Les sélections préalables des bailleurs seront interdites et plusieurs dossiers devront être
présentés pour un même logement afin que tous les acteurs des commissions puissent jouer leur rôle. L'influence
trop importante des élus et des bailleurs sur l'attribution doit être remise en cause par la présence des associations
concernées (ex : Droit au logement).
L'accès à la propriété doit être une question de choix individuel et de vie, non une question de
revenu. Des dispositifs d'aide à l'accès à la propriété pour les catégories les moins favorisées, celles auxquelles
aucune banque ne fait crédit, seront développés. Ainsi, une partie du montant du loyer des locataires souhaitant
accéder à la propriété pourrait être utilisé par l'office HLM pour l'acquisition ou la construction d'un meilleur
logement.
Le développement de coopératives immobilières et foncières, soutenues par l'Etat, sur la base de ce qu'a
été le mouvement HLM, permettra de ne plus laisser aux seuls promoteurs immobiliers le soin de
façonner la ville de demain.
La politique de la ville consiste aujourd'hui à panser la ville au lieu de penser la ville. Guidée par une exigence de
mixité sociale et de qualité de vie, elle devra devenir une priorité pour la Gauche. Le problème reste la concentration
sur son territoire d'un certain nombre de difficultés telles que l'augmentation du chômage, la précarité, l'échec
scolaire, des structures familiales désorientées, l'insécurité, la perte de repères culturels, et la diminution des revenus
les plus bas. Si les banlieues subissent ces difficultés, des zones sensibles existent également dans le monde rural et
les départements d'Outre Mer. Il faut mobiliser les forces économiques et sociales et mettre en oeuvre tous les
moyens possibles pour casser ces concentrations, l'embellissement urbain et social n'est pas un supplément d'âme,
c'est la représentation du « vivre ensemble », c'est la lutte quotidienne contre les discriminations, c'est la dignité
bâtie.
· Permettre l'autonomie des plus jeunes et des plus âgés
À l'occasion de la Réforme de l'Assurance Maladie, une nouvelle caisse de sécurité sociale, la Caisse Nationale de
Solidarité pour l'Autonomie (CNSA) a été mise en place. Elle a pour objectif de prendre en charge les situations de
dépendance des personnes âgées et des personnes handicapées. Si la création d'une caisse d'autonomie répond
effectivement à la couverture d'un risque social de plus en plus important, nous déplorons l'injustice de son
financement par la suppression d'un jour férié. Pour nous, la prise en charge de l'autonomie à tous les âges de la vie
est une vraie question de société, une garantie des choix de vie de chacun et de chacune. Elle doit être socialisée et
prise en charge par la solidarité nationale. Le financement de l'APA (Allocation Personnalisée pour l'Autonomie) doit
être pérennisé pour sauver ce dispositif mis à mal par la Droite. Même si la gestion des dossiers doit se faire au plus
près des personnes, des critères nationaux doivent être établis pour remédier à la très grande inégalité des pratiques
actuellement constatées selon les départements. Nous demandons à ce que le financement de l'APA ne
passe pas plus par la suppression d'un jour férié.
Le principe de l'autonomie des jeunes est un combat identitaire du MJS. L'émancipation des jeunes et la
mise en oeuvre de leurs propres choix et projets passe par la mise en place d'une allocation d'autonomie.
Cette allocation doit être universelle, parce qu'elle doit être un droit, mais individualisée en
fonction de la situation particulière de chaque jeune (rupture familiale...), pour remplir nos objectifs
de justice sociale. Elle doit permettre à chaque jeune de s'émanciper des conditions matérielles de sa
famille. Cette aide sera allouée sur la base d'une formation ou d'un projet de vie à partir de 16
ans. Elle pourra être maintenue jusqu'au premier emploi, dans la limite d'un an. Cette nouvelle
aide sera financée par la suppression de la demi-part fiscale et la refonte des différentes aides à destination des
jeunes, ainsi que par la mobilisation de ressources supplémentaires indispensables si l'on veut assumer le choix de
société que représente l'investissement dans l'éducation et la formation. Dans le cadre de cette allocation
d'autonomie, un véritable statut social pour les jeunes en formation ou en insertion nécessitera des
mesures complémentaires pour assurer l'accès au logement, à la culture, à la santé... Le régime étudiant de
sécurité sociale devra être défendu et renforcé. Au même titre que les étudiants français, les étudiants étrangers
seront concernés par ces réformes. Dans cette optique,
il faut dès maintenant ouvrir le système d'aide
sociale aux étudiants étrangers.
Près de 6 millions de pauvres et de précaires, 3,2 millions de « travailleurs pauvres » (à 80 % des femmes),
2,7 millions de chômeurs. La crise sociale influe directement sur la crise de valeurs au sein de notre société
et sur le « mal vivre-ensemble ». À sa manière, le 21 Avril 2002 en a été le révélateur.
La crise sociétale : vers la fin de la République ?
· Le Vivre ensemble à l'épreuve du racisme et de l'antisémitisme
Le vote Le Pen du 21 avril 2002 a montré le caractère décomplexé d'une frange de l'électorat à l'égard des
idées de l'extrême Droite. La France redécouvrait à cette occasion ce qu'elle ne souhaitait pas voir en face,
la persistance de thèses xénophobes et racistes, la persistance d'un antisémitisme qui se matérialise de plus
en plus souvent par des actes. Le mythe de la génération Black-Blanc-Beur de l'équipe de France de 98
n'aura pas fait long feu.
La reprise par la Droite traditionnelle d'une partie des thèses du FN et l'incapacité de la Gauche à contrer
ses termes du débat, sécurité et immigration, sont autant de progrès de la lepénisation des esprits. Sur ces
points, l'agenda médiatique attise les peurs, la télé agit comme un détonateur. L'insécurité et la violence
font de l'audimat, elles font aussi monter le vote frontiste. Les conséquences de la responsabilité des
médias n'ont d'ailleurs toujours pas été tirées.
Il nous faut donc combattre le FN, mais aussi nous attaquer aux causes structurelles de ce vote qui présente
dorénavant une réelle base sociologique. La Gauche a perdu sa base sociale naturelle, les classes populaires, les
exclus, les ouvriers (28% de la population active selon l'INSEE), au profit croissant de l'extrême- Droite, d'abord
parce qu'elle n'a pas su répondre à leurs préoccupations et s'attaquer aux ravages sociaux du libéralisme. Pour
combattre l'extrême- Droite, la Gauche doit à la fois assécher le terreau sur lequel celle-ci prospère, et mener un
combat pas seulement moral mais aussi politique et idéologique contre elle, alors que les valeurs qu'elle diffuse (peur
de l'autre, xénophobie...) progressent incontestablement dans notre société. En tant que socialistes, intransigeants
sur les valeurs suprêmes des droits de l'Homme, mais aussi militants pour une société plus juste, nous devons
convaincre « ces français qui votent Le Pen » sur nos valeurs et notre capacité à transformer la société. C'est
précisément parce que les classes populaires, déçues d'une Gauche censée les défendre, sont gagnées sur le
fond par le FN, que notre combat contre l'extrême Droite doit éviter la diabolisation.
Face à la crise sociale que traverse notre pays, le modèle libéral prône le chacun pour soi, le repli sur ses
propres difficultés. Le délitement social et la mise en concurrence des individus favorisent les crispations, le
rejet de l'autre, le repli communautaire. Le dialogue cède ainsi sa place à l'intolérance. Dans la classe
ouvrière, dans les banlieues rouges, l'idéal communiste s'est retiré, les politiques ont déserté les quartiers,
les intégristes se posent en recours. Les extrémistes soufflent sur les braises de l'insécurité sociale
organisée par la Droite. Nous condamnons le cynisme d'un Sarkozy jouant le pompier-pyromane qui
exploite la misère sociale devant les caméras de télévision.
Cette dégradation du vivre ensemble se manifeste par une augmentation des actes racistes et antisémites.
Loin d'être conjoncturel, le phénomène est durable. On constate ainsi deux tendances. D'une part la
banalisation. Ces actes sont plus nombreux mais semblent ne plus choquer. L'opinion tolère ce qui l'aurait
amenée à se mobiliser en masse quelques années auparavant. D'autre part, un changement dans la nature et
les auteurs des actes racistes et antisémites est perceptible. Plus fréquents, ils sont également plus violents.
S'ils ne sont plus exclusivement le fait de groupuscules d'extrême Droite ou néo-nazis, l'identité des
auteurs ne change rien à la condamnation implacable que ces violences appellent de notre part. Lucides sur
les évolutions du racisme et de l'antisémitisme, nous devons également être vigilants face à un discours
ambiant qui voudrait que les « victimes traditionnelles » (les jeunes des banlieues) deviennent les
« bourreaux » de l'antisémitisme actuel, dédouanant ainsi l'antisémitisme traditionnel français. Il n'y a ni
« victimes » ni « bourreaux » génétiquement programmés.
La pédagogie qui devrait accompagner l'indignation légitime autour de profanations de lieux de cultes et de
sépultures de toute confession n'est pas au rendez-vous et laisse penser à certains que l'on privilégie les uns
aux autres, qu'il existerait un traitement différencié entre les religions. Les jeunes surtout ont alors
l'impression d'être sans cesse renvoyés dans le camp des bourreaux, que les maux dont ils souffrent et les
discriminations dont ils sont l'objet au quotidien seraient secondaires, renforçant leur défiance à l'égard de
la République. Tout en reconnaissant la spécificité des différentes formes de racisme et d'antisémitisme,
nous refusons toute hiérarchisation des victimes et des racismes. Nous refusons de tomber dans ce piège
tendu par la Droite et les extrémistes de tous bords.
La lutte contre tous les racismes et l'antisémitisme doit devenir une véritable priorité nationale et faire
l'objet d'une mobilisation de l'ensemble des acteurs : Etat, associations, syndicats, mouvements d'éducations
populaires, partis politiques et citoyens. La loi doit être renforcée afin de punir encore plus
durement tout acte ou toute parole à caractère raciste, antisémite, sexiste ou homophobe.
Les mécanismes d'éducation et de prévention, à l'école mais aussi en dehors, doivent être renforcés.
Pourquoi dans certains faits divers, les médias se sentent-ils dans l'obligation d'opérer une qualification
ethnique des victimes et des auteurs ? Pourquoi, par exemple, avoir immédiatement parlé de tensions et de
règlements de compte entre gitans et communauté maghrébine lors du double assassinat de Perpignan fin
mai 2005 sans attendre les conclusions de l'enquête ? Le même fait divers commis par un Breton à
l'encontre d'un franc-comtois donnerait-il lieu au même traitement médiatique ? Évidemment non. Dans les
médias, cette qualification des victimes et des auteurs doit être limité aux cas où elle se révèle pertinente. Dans les
autres cas, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) devra prononcer un rappel à l'ordre.
Face à cette situation, la division du monde associatif doit cesser. Ni racisme anti-blanc ni
indigènes de la République, nous refusons d'ethniciser les débats, nous refusons la course aux victimes,
nous en appelons à la responsabilité de chacun car nous devons être unis pour construire le « vivre-
ensemble ».
De même nous condamnons les discours de certains qui profitent de la critique de la politique de Sharon et de
l'Etat d'Israël pour avancer des thèses antisémitismes. Dans le même élan, nous n'offrirons aucune caution à
ceux qui expriment avec ambiguïté des thèses rétrogrades en matières de laïcité, d'orientation sexuelle ou
de droit des femmes. C'est pourquoi nous dénonçons vivement le discours de Tariq Ramadan comme de tout
ceux qui prennent le visage médiatique d'un Islam modéré en prônant, par exemple, un moratoire (sic) sur la
lapidation des femmes.
· Refuser le repli identitaire, assumer notre identité
La crise du vivre-ensemble de notre société se manifeste également par l'émergence de « questions
identitaires ». De nos jours, chacun est sommé de « choisir son camp », de porter son identité en
bandoulière contre celle des autres, pourvu qu'elle soit religieuse ou ethnique. Les crispations identitaires,
le retour du religieux, les exactions de la France liées au passé colonial, traversent notre société en crise et
l'image qu'elle a d'elle-même. La Droite réactionnaire nourrit par ailleurs cette offensive des religions en
organisant les communautarismes et en défendant le rétablissement de la religion comme instrument de
régulation sociale. La résolution de la question sociale, la lutte contre le chômage et l'exclusion, ne suffiront
pas à résoudre ces réflexes identitaires. Les socialistes doivent combattre une Droite « fausse-amie de la
République » qui attise les conflits identitaires. Nous devons réaffirmer l'école publique comme le premier
lieu de l'apprentissage du vivre-ensemble, dans la diversité des origines culturelles, ethniques, religieuses et
sociales. L'apprentissage de la diversité multiculturelle de notre société, la connaissance de l'Autre, le travail
de mémoire, passent également par les mouvements d'éducation populaire, qui jouent un rôle essentiel
pour désamorcer sur le terrain ce type de conflits identitaires. Accepter qu'une origine étrangère, blessée
par l'histoire, puisse être légitime et respectée dans la société, permet à celui qui en est porteur de ne plus
être considéré uniquement par cette caractéristique mais de se définir comme un citoyen à part entière et respecté
par la République. Vivre ensemble et non pas les uns à côtés des autres est notre objectif.
Dans les programmes scolaires, nous devrons enfin assumer l'Histoire trouble d'une ancienne puissance
coloniale et esclavagiste, l'apport des différentes vagues d'immigration à notre richesse collective et leur
place dans notre société. Nous demandons l'abrogation de la loi du 23 février 2005 demandant que
les professeurs se penchent « de manière positive sur la colonisation française » est un scandale. Notre première
mesure doit être son abrogation pure et simple. Nous voulons au contraire sortir d'une Histoire
« officielle » pour rentrer dans une Histoire « populaire » consistant à rendre visible les oubliés de
l'Histoire. Ainsi, il nous faudra, par exemple, relire l'histoire de la Révolution Française du point de vue des
esclaves et des femmes ou celle de la 1
ère
guerre mondiale du point de vue des tirailleurs sénégalais.
Revenus au pouvoir, les socialistes devront engager un véritable travail de mémoire collective quant
aux crimes et exactions commis au nom de la République au cours de la période coloniale. La France
doit reconnaître et assumer ses erreurs passées. Ainsi, puisque le colonialisme est reconnu comme crime contre
l'humanité (Loi Taubira), la France doit présenter ses excuses aux peuples qu'elle a colonisés. De plus,
dans le cas particulier de la guerre d'Algérie, les archives doivent enfin êtres librement consultables afin de permettre
aux chercheurs de travailler sans contrainte. Le 19 mars 1962 doit redevenir la date célébrant la fin de ce
conflit puisqu'il ne s'agit nullement d'une défaite mais d'une victoire de l'indépendance des peuples.
Enfin, la France doit reconnaître son rôle dans le drame des Harkis, ainsi qu'éclaircir la position
trouble de l'armée français au cours du génocide du Rwanda en 1994.
Plus généralement, toute la lumière doit être faire concernant les liens criminels qui lie la France aux anciens pays
colonisés d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire. La « Françafrique » doit être combattu et démantelée quel qu'en soit
le prix. Nous ne pouvons plus accepter que la République soit complice de régimes dictatoriaux et
qu'elle les soutienne, en Afrique particulièrement. Le PS porte une lourde responsabilité quant à la création
et la continuation de ces liens illégaux et immoraux, et le MJS doit demander des comptes à ses
aînés.
· Continuer le combat pour la Laïcité
En prenant la Gauche républicaine à front renversé, la Droite conservatrice se place aujourd'hui à
l'offensive sur le terrain de la laïcité. Sarkozy n'hésite pas à plaider pour une version dite « moderne » et
« ouverte » de la laïcité, en défendant le rôle de contrôle social et moral de toutes les religions dans la
société ! Aux religions le rôle de définir ce qui relève du « bien » et du « mal » dans les comportements
individuels, de fixer les normes morales, à l'Etat de réprimer pénalement les comportements sociaux dits
incivils. Fidèles aux principes fondateurs de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, nous pensons au
contraire que la religion ne saurait avoir d'influence sur nos vies, mis à part, pour ceux qui le
souhaitent, du point de vue spirituel. Cette bataille sur les valeurs républicaines implique de clarifier le
sens des mots pour faire face aux confusions introduites par la Droite : à une laïcité « archaïque »,
s'opposerait une laïcité « ouverte », « moderne » qui accepte toutes les religions et leur reconnaît des
droits spécifiques.
Pourtant, loin d'être antireligieuse et imbécile, la laïcité républicaine se propose de faire coexister toutes les
libertés possibles par la garantie de principes fondateurs : la liberté absolue de conscience, la
reconnaissance d'aucune religion par le principe de séparation des églises et de l'Etat et la souveraineté des
individus dans leurs choix personnels et collectifs. Le cadre laïque garantit la liberté de conscience. Il garantit
le libre exercice des cultes, dans l'égalité des droits. Par ailleurs, cette égalité des droits ne sauraient toutefois se
limiter à la seule coexistence des religions. Elle doit également trouver son application concrète dans la possibilité de
pratiquer sa religion dans des conditions décentes. Le défi du débat sur la Laïcité est de donner à tous les
citoyens leur place dans la République et de combattre les dérives fondamentalistes. Nous ne pouvons
laisser des groupes intégristes faire d'un discours religieux un discours politique. À cet égard, les
conceptions politiques de l'extrême Droite et des intégristes de tous bords se rejoignent.
C'est pour clarifier cette séparation entre ce qui relève du comportement dans la sphère privée de celui
dans la sphère publique que nous sommes favorable à la rédaction d'une Charte de la laïcité, qui
rappelle ses principes dans le cadre des services publics, en particulier des hôpitaux mais aussi au sein des
entreprises privées. De même que la République est laïque, les personnes qui l'incarnent (fonctionnaires, élus,
représentants de l'Etat) doivent l'être dans l'exercice de leurs fonctions. De plus, nous demandons l'arrêt de l'emploi
de personnel religieux dans les prisons, les hôpitaux et les casernes. Par contre, dans le respect de la liberté de culte,
des aumôniers bénévoles de toutes confessions pourraient intervenir à la demande des personnes présentes dans ces
établissements.
Un siècle après la loi de 1905, le combat laïc reste inachevé. La Droite continue d'attaquer ces valeurs. Les
pouvoirs publics assurent toujours le financement de l'enseignement privé confessionnel, l'Alsace et la
Moselle vivent toujours sous un statut concordataire. Nous demandons la fin du concordat et du
financement de l'enseignement privé. De plus, afin de permettre aux musulmans de France de vivre
leur foi sans humiliation, ainsi que de contrecarrer l'influence des intégristes islamistes, il faut mettre fin
aux discriminations entre les religions concernant les lieux de culte. Une fois au pouvoir, les
socialistes devront également durcir la législation sur les sectes.
Il est aussi temps de mettre fin à la guerre des religions actuelle. Cette lutte conduit à une situation où chacun
est sommé de choisir sa religion ; et on en oublie la possibilité de ne pas croire en Dieu et de le revendiquer.
L'Ecole doit pouvoir enseigner le fait religieux et son histoire (cet enseignement doit prendre en
compte non seulement les grandes religions monothéistes, les philosophies, les polythéismes mais également les
fondements de l'athéisme et de l'agnosticisme) par des personnels de l'Education nationale et non par des
prédicateurs, ainsi que la place de la laïcité dans notre République, afin de permettre à chacun de
comprendre l'autre sans le juger. Une campagne publique de sensibilisation, avec notamment la
diffusion de spots télé aux heures de grande écoute, doit être mise en place.
Par ailleurs, nous demandons le remplacement des jours fériés chrétiens par des jours fériés laïcs et
républicains.
· Vaincre les discriminations légales et illégales: vers l'égalité véritable
Le décalage entre les discours et la réalité participe de la remise en cause de la République en elle-même.
Affirmer des valeurs et ne pas être capable de les défendre dans les faits renforce le sentiment
d'impuissance du politique et favorise le repli sur soi. Une République qui discrimine peut-elle vraiment se
regarder en face ? Quelle crédibilité a-t-elle quand sa propre administration n'est pas à l'image du pays ? La
fonction publique, nationale comme territoriale, doit se montrer exemplaire et être un modèle de non-
discrimination, notamment en favorisant la visibilité de tous les concours, et pas simplement pour ceux des
armées et de la police. Les concours sont désormais ouverts aux ressortissants communautaires, mais
toujours pas aux étrangers résidants de longue date sur notre sol. Il est temps de mettre fin à cette
discrimination légale et de sortir des emplois réservés.
En 2005, un constat s'impose : l'échec des politiques dites d'« intégration ». N'est-ce pas insultant de parler
d'intégration à des personnes nées en France, dont les parents et les grands-parents issus de l'immigration
sont présents en France depuis des décennies : « issus de l'immigration », jusqu'à quand ? Il nous faut en finir
avec ces faux-semblants d'« intégration », et leur préférer le combat pour l'Égalité véritable. On parle
d'intégration à de jeunes citoyens français alors que leurs parents, qui participent à la richesse de notre
pays, à la croissance de nos entreprises, qui payent leurs impôts, n'ont toujours pas leur carte d'électeur,
malgré les promesses réitérées de la Gauche depuis 1981. Et ce, alors que les citoyens de pays au sein de
l'Union européenne peuvent voter en France aux élections locales et européennes. Assumons notre erreur,
le premier signe d'une réelle volonté d'égalité et non d'intégration de la part de la République serait de
reconnaître le droit de vote des étrangers résidant en France à toutes les élections, dans le
cadre d'une citoyenneté de résidence. Il faut également faciliter l'accès à la nationalité française.
Le dispositif législatif français en matière de lutte contre les discriminations est important, mais n'est pas pour autant
efficace. Il faut changer la logique actuelle et faire que la charge de la preuve repose uniquement sur l'auteur
présumé de la discrimination.
En matière de politique publique, nous devons faire preuve d'un réel volontarisme. Ce n'est que parce
qu'elle y était obligée que la Droite a accepté de mettre en place la Haute Autorité de Lutte contre les
Discriminations et pour l'Égalité des Droits (HALDE). Et c'est parce qu'il ne s'agit pas d'une priorité que ce
projet ambitieux s'est vu privé des prérogatives et des moyens propres à en assurer un fonctionnement
efficace et une action résolue sur le terrain contre les discriminations. Sa composition même - ses membres
sont nommés par les plus hautes autorités de l'Etat - démontre le manque d'ambition de la Droite. La
Gauche devra donc donner à la HALDE de véritables moyens pour accomplir ses missions et se doter
d'une politique ambitieuse de lutte contre les discriminations. Elle devra être l'outil, en relation avec les
autres services de l'Etat, du développement de « testings institutionnels » sous l'égide d'une
police des discriminations afin de faire qu'aucun serviteur de l'Etat et aucune administration ne puisse se
sentir au dessus des Lois.
Au sein de l'entreprise, le constat est encore plus sévère. Si certains parlent de recourir au CV anonyme,
appelons les choses par leur nom : si à compétence égale une personne n'est pas recrutée en raison de sa
couleur de peau ou de son origine, c'est bien que le recruteur, et donc l'entreprise qui en est responsable,
est raciste. Le CV anonyme ne résout donc en rien la question. Il peut avoir une utilité
conjoncturelle et doit être défendu mais il ne doit pas se substituer à une véritable politique
de sanctions envers les entrepreneurs racistes.
Le monde du travail n'est malheureusement pas épargné par la recrudescence d'actes homophobes. De nombreuses
personnes sont écartées du marché du travail sous prétexte qu'elles affichent trop ouvertement une préférence
sexuelle qui n'est pas « normale ». Et quand elles obtiennent un emploi, elles sont souvent sujettes à des sarcasmes,
allusion qui deviennent de véritables harcèlements moraux, contre lesquelles les encadrants ne sont dans le plus
souvent des cas guère réactifs. Il est temps de se donner les moyens de lutter contre l'homophobie et contre les
discriminations dont sont victimes ces hommes et femmes dans le monde du travail. Nous devons améliorer
l'appareil de répression, afin de condamner fermement les entreprises qui par leur inaction tolèrent de telles
pratiques. Nous devons également nous donner les moyens de changer l'opinion stéréotypée et faussée qu'ont
beaucoup de français sur la population homosexuelle.
· Discrimination positive, le remède est parfois pire que le mal
On parle beaucoup, et même à Gauche, de discrimination positive, dans l'entreprise, à l'université. De quoi
parle-t-on sous l'appellation de discrimination positive ? D'une politique de promotion dans nos institutions
administratives, politiques et sociales de personnes discriminées du fait de leur seule couleur de peau (et
non pas de leur origine supposée ou de leur sexe). Dans les faits, il s'agit de garantir par une politique de
promotion individuelle la visibilité de toutes les couleurs de peau dans l'espace public, sans préjuger du
statut social des personnes concernées. Il ne s'agit ni plus ni moins de promouvoir quelques-uns pour
mieux masquer la condamnation du plus grand nombre à demeurer dans sa condition initiale. Une
telle logique est-elle compatible avec les valeurs d'égalité et de solidarité chères à la Gauche ? La réponse
est non. Une discrimination qui vise les individus, qu'elle soit soi-disant positive ou non reste discrimination
et doit donc être combattue. Notre conscience collective doit être en bien mauvais état pour en arriver à
justifier que la recherche de l'Egalité doive passer par l'exception, et non par la règle commune à tous.
· Assumer une politique d'immigration de Gauche
Il est d'usage chez certains politiques de faire payer aux immigrés le poids des maux de notre pays. Trop
nombreux un jour, mal « sélectionnés », le lendemain on en appelle à l'immigration choisie et aux quotas.
Demain, c'est le MEDEF qui fixera le nombre d'étrangers autorisés à s'installer en France, c'est le score des
racistes du FN aux élections qui déterminera le chiffre des quotas par pays. Nous prônons au contraire une
immigration ouverte combinée à une véritable politique de co-développement en direction des pays du Sud.
Car le jour où les causes qui amènent des gens à quitter leur pays, la misère et l'absence d'avenir, auront
disparu, la question des migrations internationales se posera différemment.
Trop de demandeurs d'asile sont aujourd'hui rejetés, la Droite ne remet pas en cause le système
profondément injuste d'accès au statut de réfugié mais crie aux fraudeurs et en durcit l'accès. Nous devons
ré-étudier les dossiers de tous ces faux-déboutés du droit d'asile (200 000 selon France Terre d'asile) pour
leur permettre de faire valoir leurs droits. La Gauche doit abroger le décret du 30 mai 2005 qui
oblige les étrangers en zone de rétention à rémunérer eux-mêmes leurs interprètes au risque
d'être expulsés sans avoir pu simplement déposer une demande. Parce que l'asile est un droit
fondamental, une nouvelle loi spécifique en faveur des réfugiés doit être votée, de nouvelles
places en centre d'accueil doivent être offertes aux demandeurs pour qu'ils puissent pleinement se
prévaloir de leurs droits.
Par les règles qu'elles instaurent, la France et l'Europe produisent des centaines de milliers de clandestins, pour le
plus grand bonheur du patronat à la recherche d'une main-d'oeuvre docile et corvéable. Dans le même temps, les
peurs sont attisées et les expulsions se multiplient. Nous devons clairement affirmer que notre choix est de les
régulariser. Selon la Droite, ils seraient entre 200 000 et 400 000, la réalité est probablement bien supérieure.
Victimes de la traite des êtres humains, du travail au noir, des marchands de sommeil, le sort des sans-
papiers fait honte à notre pays. Certains refusent une régularisation totale, accompagnée de mesures
d'urgence en faveur de l'insertion, de l'emploi et du logement. Ces mesures, au-delà de leur caractère
humanitaire permettraient pourtant de casser l'économie parallèle et les réseaux de trafic et d'exploitation
des êtres humains. Pour nous un contrat de travail ou une carte d'étudiant doit donner droit à une
carte de séjour. Et une carte de séjour doit donner droit à un permis de travail à plein temps. Tout enfant de
moins de 16 ans présent sur le territoire français doit être scolarisé quel que soit la situation de ses
parents.
L'Aide Médicale Etat, soumis à un delai de résidence de trois mois depuis les dernières réformes, ne fait que
renforcer les inégalités d'accès aux soins.Selon les textes déontologiques, toute personne démunie doit pouvoir
recevoir les soins nécessaires dans l'ensemble des ervices de santé, cependant dans la pratique l'accès au soins pour
les populations étrangères reste compliqué (refus de soins par les spécialistes de la santé, barrière de la sécurité
sociale dans la délivrance de la couverture maladie...). Même si les consultations gratuites de soins préventifs sont
parfois possibles, les répétitions des soins et les soins spécialisés ne peuvent se faire qu'avec une couverture
complémentaire dont bon nombre de la population étrangère est exclue (car l'AME ne rembourse qu'une partie des
soins). Nous réclamons un accès aux soins universel (la CMU et l'AME doivent fusionner sous le même
système de protection sociale) : premier pas de lutte contre les stigmatisations.
Dans le cadre d'une politique d'immigration ouverte, des cours de Français devront être dispensés
gratuitement aux nouveaux entrants assuré par un service public d'accueil des immigrés.
Abrogation des lois Pasqua-Debré-Chevènement-Sarkozy, facilitation de l'accès à la carte de séjour,
suppression des inégalités entre nationaux et étrangers dans les prestations sociales (santé, montant des
retraites, soldes d'anciens-combattants), citoyenneté de résidence, facilitation des démarches pour acquérir la
nationalité française (abaissement de 5 à 2 ans du délai de résidence requis, assouplissement des critères de
sélection aujourd'hui drastiques, réduction à 6 mois du délai d'attente... droit d'asile reconnu dans toute l'Union
européenne. Tels sont les contours d'une politique d'immigration « de Gauche », conforme à notre
engagement internationaliste et à l'universalité des droits.
Car vivre ensemble, c'est garantir l'égalité des droits à chacun et tous, pour réapprendre à « faire société ».
Notre politique d'immigration doit répondre à ces objectifs.
· Le combat féministe, un combat de toute notre génération
Etre socialiste, c'est combattre tous les modes de domination qui structurent la société et oeuvrer pour
l'émancipation des individus. C'est pour cette raison qu'être socialiste, c'est être féministe. Notre premier
combat pour l'égalité hommes-femmes est celui de l'égalité face à l'emploi et à la rémunération pour que les
femmes cessent d'être les plus touchées par le chômage, le travail précaire et le temps partiel subi. La loi sur
l'égalité professionnelle doit donc devenir réellement contraignante par un dispositif de sanctions
renforcé, notamment dans la fonction publique. Le travail de nuit constituant une violence grave
envers les femmes (mais également envers les hommes), nous demandons qu'il retrouve son
caractère exceptionnel et dérogatoire. Malgré la loi sur la parité, les Françaises demeurent largement
minoritaires dans la représentation politique. Avec 16,4% de femmes, le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale
est loin d'être exemplaire. La promulgation de la loi sur la parité n'a eu d'effet que sur les scrutins de liste, là où la
contrainte s'exerçait réellement. A ce titre, nous proposons que la loi sur la parité soit renforcée afin
d'être pleinement respectée : les candidatures des partis politiques qui ne la respectent pas ne
seront pas recevables. La loi sur la parité n'a pas encore permis de changer les mentalités, elle est toujours
considérée comme une contrainte et non comme un réflexe naturel. Nous considérons qu'il est du devoir de l'Etat de
faire prendre conscience à la société es inégalités entre hommes et femmes et qu'il convient de mener des
campagnes de sensibilisation à tous les niveaux.
Favoriser l'accès des femmes à l'emploi implique également d'agir sur la vie domestique. Car tant que l'éducation
des enfants et les tâches domestiques seront quasi exclusivement par les femmes et qu'un véritable service
public de la petite enfance ne sera pas mis en place, l'articulation d'une vie professionnelle et d'une vie
personnelle et familiale restera des voeux pieux. Cela passe aussi par l'égalité face au congé parental qui doit
être facilité et renforcé dans la durée. En outre, il devra se faire sans perte de salaire et avec une prise en compte
des droits à la retraite pour toute la période qu'il couvre. En ce qui concerne le droit des femmes à disposer de leur
corps, nous devons nous mobiliser pour que ce droit inachevé ne recule pas sous l'effet d'une Droite conservatrice et
réactionnaire. L'avortement n'étant pas un acte banal, il nous faut encourager les politiques contraceptives dès le
collège. Il convient d'engager une politique de remboursement des pilules contraceptives de toutes les
générations. Un dialogue avec les partenaires médico-sociaux doit être encouragé sur la sexualité en
s'affranchissant du poids moral. Nous exigeons l'application réelle des dispositions légales en matière de
contraception et d'avortement, des campagnes publiques de sensibilisation et une harmonisation sur la
meilleure législation en Europe, celle des Pays-Bas. Ce combat devra également être mené au
niveau européen, où certains pays membres ne reconnaissent pas encore le droit à l'IVG. Enfin, le
MJS milite pour une loi contre les violences faites aux femmes, véritable fléau qui tue une femme par jour
en France.
· Handicap, créer les conditions de l'égalité
Parce que le handicap fait peur, alimente les tabous, les personnes qui en sont victimes subissent quotidiennement
les discriminations. Qu'elles soient dans les faits (refus d'un logement, d'un prêt, d'un emploi) ou dans les
comportements désobligeants. C'est à notre sens une discrimination insidieuse qui ne dit pas son nom.
L'article premier de la loi du 30 juin 1975 affirme le principe d'accessibilité. Pourtant, force est de constater qu'il
existe un fossé important entre les intentions du texte et la réalité. Aller au travail, faire ses courses, aller à la Poste,
aller au cinéma où chez le médecin, sont autant de gestes de la vie quotidienne qui demeurent encore aujourd'hui
des véritables parcours du combattant pour les personnes en situation de handicap et leurs familles.
Un réseau de transports en communs adaptés aux personnes handicapées est donc une nécessité.
L'enfant doit être obligatoirement accueilli dans les lieux ordinaires d'accueil à l'enfance (crèche,
centre de loisirs, écoles maternelles, primaires) de son quartier. Pour le collège et le lycée, le
maintien de l'élève doit devenir une priorité. Mais en fonction des besoins, l'accueil en établissement adapté
ne doit pas se faire sans passerelles possibles avec le milieu scolaire traditionnel. Les AVS, dépendant de l'Education
Nationale accompagnent les élèves en suivi individualisé et apportent une aide pour pallier la situation de
dépendance quand cela est nécessaire.
Toutes les entreprises publiques et privées doivent prévoir dans leur fonctionnement général
l'accueil des travailleurs handicapés. Cela passe notamment par le développement de politiques volontaires
dans la gestion des ressources humaines par la sensibilisation des salariés et des instances du personnel. L'Etat
doit entreprendre une politique courageuse concernant l'intégration et la formation
professionnelle, en pénalisant fortement les entreprises qui refusent ces politiques intégratives.
Une politique culturelle ambitieuse doit être mise en oeuvre. Cela passe par l'adaptation d'un plus grand nombre de
salles de spectacles mais aussi de bibliothèques, médiathèques, salles et terrains de sport. Un tissu et un accès riches
à la culture pour les personnes handicapées est l'assurance d'une intégration sociale et citoyenne à la mesure de nos
ambitions. Enfin, il est temps de reconnaître et d'appliquer le principe d'altérité, c'est à dire reconnaître l'autre
comme à la fois semblable et différent.
· Combattre pour l'égalité des droits
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les discriminations et l'oppression spécifique dont sont victimes les
homosexuels restent très fortes dans une société encore largement patriarcale et hétéronormée. Par exemple,
aujourd'hui en France, lorsque vous allez faire un don de sang, les agents de l'administration hospitalière
vous interroge sur votre sexualité. L'homosexualité étant considérée comme une sexualité à risque, votre
don est généralement refusé. Par ailleurs, le taux de suicide élevé chez les jeunes homosexuels est l'un des
miroir de l'agression psychologique qu'ils vivent au quotidien. L'étude du docteur Shelly revèle qu'un
homosexuel homme à 13 fois plus de risques de faire une tentative de suicide qu'un hétérosexuel. L'éducation
sexuelle dispensée au collège ne doit pas se limiter à la reproduction et à la contraception,
mais doit s'ouvrir aux questions d'orientation et d'identité sexuelle et de genre. Ainsi elle doit
apporter un soutien aux jeunes en questionnement sur leurs sexualités et leurs identités et sensibiliser élèves,
personnels, enseignants et d'encadrement aux discriminations dont ils sont parfois volontairement ou non, les
acteurs. Il est urgent de reconnaître les personnes transsexuelles et transgenres comme des citoyens
à part entière, de les inclure dans notre vivre-ensemble et par conséquent de leur offrir une protection sociale et
juridique dont elles sont jusqu'à aujourd'hui totalement dépourvues.
Beaucoup d'enfants sont actuellement élevés par des couples homosexuels qu'il s'agisse de couples de
femmes ou d'hommes - sans que leur cadre familial ne soit reconnu par la loi. Face à cette situation, il est
urgent de sortir d'une morale « bien pensante » qui fixe le couple hétérosexué comme norme de référence
et d'aller enfin vers l'égalité véritable. L'homosexualité n'est pas une déviance, l'ouverture du mariage aux
couples de même sexe est un simple principe de droits entre toutes les citoyennes et tous les citoyens. Nous nous
exprimons également pour une évolution ambitieuse du PACS (succession, signature en mairie...) afin de
garantir un véritable choix aux couples hétérosexuels somme homosexuels, afin de permettre à tous ceux qui le
désirent une alternative au mariage. L'orientation sexuelle ou l'identité de genre ne doivent plus être le
fondement de la famille, le droit de l'enfant est avant tout d'être élevé dignement par des parents qui
l'aiment et qui assurent son bien-être. Pour toutes ces raisons, nous réaffirmons que nous sommes pour
le droit au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels, et la reconnaissance du
statut de co-parent pour lequel nous pouvons envisager une délégation partielle ou totale d'autorité parentale.
Bien au-delà de la question de l'homosexualité, c'est toute la vision de la procréation qui est aujourd'hui en
pleine mutation. Par ce que nous reconnaissons à tous la capacité à être parent, nous considérons que la
procréation médicalement assistée doit être ouverte à toutes les femmes lesbiennes ou hétérosexuelles, mariées,
pacsées ou en concubinage. La loi doit évoluer. Aux socialistes d'être porteurs de ce changement.
Etre acteurs d'une société en mutation
Face aux mutations de la société moderne, face au développement des technologies qui a permis la
naissance d'une société de communication de masse, le capitalisme a su s'adapter. La massification de
l'accès à l'information, mais aussi la nouvelle organisation des moyens de communication dans les pays
développés, qui font que maintenant chacun est à la fois émetteur et récepteur de connaissance, remet en
cause la possibilité de contrôle de la diffusion de l'information et du savoir. Le capitalisme que nous vivons
aujourd'hui marchandise les savoirs, les images, la culture, les gènes, avec comme outil les brevets et les
droits d'auteur. C'est ainsi que nous parvenons à une domination totale du capital sur la société. Ne pouvant
plus empêcher la diffusion du savoir et de la connaissance, le capitalisme empêche leur utilisation dans
l'intérêt de l'Humanité.
· Cesser d'avoir peur du progrès, retrouver confiance en la Science
Pour nous socialistes, il ne saurait y avoir de société de progrès sans recherche scientifique. Nous
sommes résolument volontaristes sur le progrès scientifique car, bien au-delà des intérêts financiers, nous
voyons la recherche avant tout comme créatrice de savoir et de connaissance, et à ce titre, participant à
l'émancipation collective.
L'arrivée de la science dans le quotidien de la société pose beaucoup d'autres questions comme celle du
clonage. Nous réaffirmons l'interdiction du clonage reproductif. En revanche, le clonage thérapeutique, par
son potentiel à apporter des réponses médicales dans le futur et à être porteur de progrès pour
l'Humanité, ne doit plus être considéré comme un délit, contrairement à la position du texte de loi
bioéthique. Lors du clonage thérapeutique chez l'homme, les cellules souches embryonnaires indifférenciées lors de
protocoles de différenciation et de clonage peuvent devenir des « cellules médicaments » permettant par exemple la
réparation de tissus lésés (lésion cardiaque) et ainsi sauver des vies. Le clonage reproductif conduit à la création
d'aberrations telle que la création de la brebis Dolly, qui fut un échec ! La recherche sur le clonage en tant que
tel n'est pas à proscrire mais doit être strictement encadrée, au niveau international mais également à l'échelle
internationale avec la mise en place d'une charte régissant les recherches sur le clonage thérapeutique,
sous l'égide des Nations Unies.
La question des OGM nécessite la même analyse. Nous militons pour un moratoire européen
complet sur la vente de produits de consommation à base d'OGM; non par peur de la science,
mais par principe de précaution. L'autorisation de la culture OGM en champs libre serait un point de non retour
car entrainerait la dissémination des souches testées. Les craintes de nombreux consommateurs-citoyens, leur
liberté de choix, leur droit à l'information doivent être respectés par les décideurs politiques notamment
européens. Il est aussi nécessaire de continuer les recherches et les essais à caractère
scientifique, mais ils doivent se faire dans un environnement fermé et non pas en plein champs, afin
d'éviter tout risque de dissémination des souches testées.
Derrière la face scientifique des OGM, il ne faut pas négliger le côté commercial. Les OGM sont utilisés par
de grands groupes agroalimentaires, comme MOSANTO, qui y voient une occasion d'augmenter leurs
bénéfices en obligeant les agriculteurs à racheter année après année des semences pour maintenir leur
production. Derrière des arguments fallacieux comme la malnutrition dans le monde, se cachent des enjeux
fondamentaux : On ne peut pas breveter le vivant, ni être propriétaire d'un gène. Nous proposons la mise
en place d'un label (sur emballage) qui certifie que les produits alimentaires sont sans OGM.
Face à ces enjeux qui dépassent très largement le cadre national, il faut réaffirmer que le vivant et
certains savoirs, parce qu'ils apportent des réponses concrètes à des populations qui souffrent depuis
trop longtemps, ne peuvent êtres considérés comme des biens marchands. Il faut que les
institutions internationales, Union Européenne et OMC en tête, décident d'interdire tout brevet qui
pourrait amplifier ou reproduire cette domination Nord-Sud.
· De nouveaux outils pour une nouvelle communication
Créant de nouveaux outils d'expression, modifiant nos modes de communication, bouleversant les circuits
de diffusion de l'information et de la culture, révolutionnant le quotidien des entreprises comme des
citoyens, les technologies de l'information et de la communication ont, en moins de 10 ans, permis une
mutation profonde de notre société. Ces outils, passés du jour au lendemain du stade de l'expérimentation
scientifique à celui de service de première nécessité, ouvert à chacun, nous mettent face à de nouvelles
interrogations auxquelles les socialistes ont bien du mal à répondre.
Si l'image de la « cyber-mamie » qui envoie des mails reste une exception, celle de son petit-fils qui passe la
nuit sur sa messagerie instantanée ou échange avec ses potes du collège le nouvel album de son groupe
préféré un mois avant sa sortie chez les disquaires est bien une réalité. Quand on rajoute à cela la
différence de couverture entre zones urbaines et zones rurales, on se rend bien compte que le fossé
générationnel, social et territorial est abyssal. Face à ce constat, il faut à la fois développer des formations,
notamment à l'école, pour permettre à tous d'utiliser ces outils et contraindre fortement les opérateurs à
répondre à de véritables obligations de service public.
Le système des abonnements est comparable à une taxe indirecte : injuste et discriminatoire. Une
Fourniture Minimum universelle comprenant une ligne téléphonique et un accès à Internet sans
frais de mise en service, d'abonnement ou de résiliation, qui comprendrait un forfait minimum de
communication et de connexion d'utilité publique devra être mise en place. Les heures de connexions
supplémentaires seraient assurées par le secteur concurrentiel. De plus, des aides à l'équipement
(téléphone+ordinateur) devraient être pratiquées afin de lutter contre la fracture numérique. Pour combler la
fracture territoriale, la création d'un transporteur national public des données et de la voix doit
être envisagée. Ce transporteur, bien séparé de l'opérateur national vendrait à tous les opérateurs au
même tarif le transport des données et de la voix.
Alors que les procès pour « téléchargement illégal » se multiplient, nous devons replacer ce débat dans son
contexte. Internet est un formidable outil de diffusion culturelle qui va progressivement remplacer les
circuits de distributions traditionnels extrêmement rentables pour les majors. Nous refusons la logique
répressive actuelle. Inefficace, elle est stigmatisante pour les pratiques culturelles de notre génération. Nous
refusons les propositions de taxes sur les abonnements et sur les supports qui sont totalement injustes.
Contrairement à l'industrie du disque, nous ne croyons pas que le problème soit d'ordre financier. Les propositions
visant à baisser le taux de la TVA ou le prix du disque viennent de majors qui préfèrent voir leurs marges réduites
plutôt que leur utilité remise en cause. Nous croyons que le problème réel est celui de la place du droit
d'auteur dans notre économie. La culture est un bien commun, des réseaux de distribution alternatifs
(associatifs pour la plupart), privilégiant la rémunération de l'artiste et facilitant la diffusion de nouveaux talents à un
coût équitable, existent et s'ouvrent chaque jours sur internet, à nous de les faire connaitre et de militer pour leur
utilisation.
De même nous exigeons que la loi Lang sur le prix unique du livre soit renforcée afin de protéger les
petits libraires, promoteurs de la diversité littéraire, en élargissant cette loi au commerce-internet et en la faisant
appliquer à l'échelle de l'UE afin d'éviter les effets d'aubaines liés à l'existence de zones linguistiques de commerce.
Nous préconisons également aux éditeurs de différencier leurs conditions de vente au profit des seuls bons
professionnels.
Parce que les logiciels libres sont porteurs d'ouverture et de partage de la connaissance, il faut les protéger
contre les lobbies qui tentent de pousser l'Union Européenne à accepter les brevets logiciels. Parce qu'en
plus de l'économie qu'ils apportent, ils sont un gage de pérennité et d'indépendance, il faut, dans un horizon
de cinq ans, que nos institutions, Etat et collectivités, utilisent des logiciels libres et des standards ouverts
tout en expliquant à tous l'intérêt de ces choix et en formant chacun à ces nouveaux outils. Le MJS fera
campagne auprès de ses adhérents et de ses structures ainsi que de celles du Parti socialiste pour qu'ils
utilisent ces logiciels.
· Informatique et ... Libertés : pour un renforcement de la CNIL (Commission Nationale
Informatique et Liberté)
Bien au-delà de ce projet, ce sont tous les progrès des TIC qui peuvent parfois entraîner des dérives contre
les libertés individuelles. De la volonté de simplifier certaines démarches dans les administrations à celle, à
peine cachée, d'accumuler des données sur chaque client dans les entreprises, la centralisation et le
croisement de différentes informations nominatives permettent bien souvent de tracer le profil de chacun
avec précision. Ce qui pouvait choquer il y a quelques années est maintenant banalisé et accepté par des
citoyens qui, pensent-ils, n'ont plus "rien à cacher". Cette concentration d'information dans les mains de
quelques-uns, publics ou privés, est une atteinte aux libertés individuelles. Pour cela nous demandons une
refonte de la loi de 1978 (modifiée le 14 décembre 2004) pour encadrer plus strictement la création
et l'échange de fichiers nominatifs informatisés.
Pour faire respecter ces droits, il faut plus que de la bonne volonté. En ce sens, il faut, dans le cadre
d'une nouvelle loi sur l'informatique et les libertés, restaurer les pouvoirs d'une CNIL qui n'a
aujourd'hui qu'un rôle consultatif ainsi que renforcer les moyens dont elle dispose pour mener à bien ses missions.
· Carte d'identité électronique : un projet liberticide
Le projet de carte d'identité électronique initié par Dominique De Villepin, montre le caractère liberticide
que peut prendre l'utilisation de certaines technologies. Ce projet de carte interrogeable à distance et
centralisant les informations nominatives et biométriques de chaque citoyen permettra un fichage
systématique de tous et des contrôles d'identité à l'insu du porteur. Les différentes données détenues par
différentes administrations pourront êtres croisées. De plus, il pourra servir à contenir des données à
caractère privé et commercial, pour permettre par exemple de favoriser le commerce électronique.
Comme beaucoup d'associations de défense des libertés publiques, nous refusons ce projet dont les dérives
peuvent être nombreuses et dangereuses. Nous proposons de lancer, avec nos partenaires, une campagne
citoyenne intitulée « Je ne suis pas un numéro ! » afin de faire rejeter ce projet liberticide.
· Repenser la propriété : l'enjeu de la propriété intellectuelle
La propriété intellectuelle qui, quelles que soient ses formes, devait permettre la diffusion de l'information
tout en assurant la rémunération de l'auteur, a été détournée par le capitalisme pour en faire un outil
commercial qui est un réel frein à l'innovation et à la création. Nous défendons l'idée qu'il s'agit là de biens
publics. La vraie question est de trouver le moyen de rémunérer la force de travail fournie par l'artiste ou
le chercheur, nécessaire à la production de savoir et de connaissance, plutôt que la diffusion du savoir elle
même. Nous refusons toute logique de privatisation de l'enseignement et militons pour le développement
d'encyclopédies libres en ligne comme Wikipedia et la mise en commun sur le web des différents cours et
enseignements pratiqués dans les Universités du monde entier. Il faudra confier cette mission à une
organisation comme l'ONU, afin que cette mise en commun assume un caractère public et ne soit pas le fait de
sociétés privées comme tente de le faire Google, cherchant ainsi à créer un monopole de la production intellectuelle.
· L'émancipation individuelle au coeur de nos combats collectifs
Notre impératif républicain est celui d'un peuple éclairé, émancipé et cultivé qui guide nos choix dans la mise en
place de nos politiques culturelles et d'éducation.
L'éducation populaire est un moyen essentiel pour permettre aux esprits de grandir. Nous luttons pour une société
d'individus libres dans leurs choix et ambitieux dans leurs projets. Nos outils sont les fédérations d'éducation
populaire, l'ensemble des politiques publiques culturelles, sportives et de loisirs.
L'éducation populaire permet de voir le monde sous des angles différents. Elle permet aux citoyens sortis du système
scolaire, universitaire, du monde du travail de poursuivre leur quête intellectuelle, de creuser leur regard sur le
monde, de « mûrir leur humanité ». Elle favorise la création du lien social indispensable à toute organisation sociale,
à toute société démocratique, donc politique. Elle permet tout passage entre droits formels et droits réels, entre
République et corps social : c'est-à-dire l'émergence d'un véritable contrat social. C'est le travail de transformation,
de l'expérience quotidienne du monde populaire, un savoir stratégique, en action collective, c'est-à-dire en
engagement.
Aujourd'hui, le monde de l'éducation populaire et de la culture doit être reconnu comme structurant
et comme acteur à part entière de l'économie sociale.
Les associations de fédérations d'éducation populaires et culturelles doivent être reconnues comme des corps
intermédiaires structurants la démocratie. Ceci implique la reconnaissance dans le CES et les CESR, d'un
secteur associatif à part entière. La Commission Nationale de la Vie Associative doit être une
véritable instance démocratique et non une caution ministérielle. Les associations doivent être non
plus nommées, mais choisies par leurs membres.
· Retrouver une ambition culturelle
Notre projet culturel ne doit plus se limiter à la démocratisation, à l'accès à la culture cultivée, mais doit viser la
démocratie culturelle : il doit s'attacher à rendre le dialogue avec les artistes accessibles à tous.
Aussi, nous encourageons les collectivités territoriales et l'Etat à soutenir les compagnies et associations culturelles
dans leur diffusion. De même, des politiques tarifaires et des outils de médiation doivent être envisagés pour l'accès
du plus grand nombre. La diffusion et la promotion de la culture en milieu rural reste une priorité.
La culture est un champ économique et d'emploi majeur. Le budget de la culture devra donc enfin atteindre
le seuil de 1% du budget de l'Etat.
L'école doit dépasser le cadre de la culture institutionnelle et doit accepter les expressions culturelles de chaque
génération, tout en permettant d'accéder à une culture diverse et variée. Nous encourageons les collectivités
territoriales à investir dans le champ des enseignements artistiques.
Nous demandons la création d'un fond d'initiative artistique pour les jeunes créateurs, ainsi chacun aura
les moyens de s'émanciper et développer les Arts.
Nous rappelons que la culture a un coût, que les abus du système de l'intermittence viennent avant tout
d'entreprises qui n'ont rien de culturel et qui utilisent ce statut comme contrat précaire. La diversité culturelle que
nous défendons ne peut survivre aujourd'hui sans ce système de solidarité. Nous soutenons les acteurs culturels qui
portent une autre réforme de ce statut, basée sur une plus grande solidarité entre bénéficiaires et un meilleur
contrôle des abus. Nous sommes pour la création d'un statut de l'intermittent.
· Les médias : moyen phare de la bataille culturelle
La démocratisation de l'espace public doit également rester au coeur des combats de la Gauche. La prise de
conscience de chaque individu résulte pour beaucoup, des représentations collectives transmises par les médias, par
les expressions culturelles et artistiques. Aujourd'hui la Droite s'est emparée de ces outils, laissant peu de place à
l'appropriation de nos valeurs collectives.
La concentration aux mains de quelques grands groupes implique évidemment une dépendance vis-à-vis des
actionnaires interdit de fait toute information indépendante et équilibrée, et donne lieu à des dérives.
Nous demandons la création d'un service public audiovisuel, libéré des lois du marché et ne
cherchant pas à faire concurrence aux chaînes privées. Il faudra donc passer à un financement
exclusivement public des chaînes publiques, assis sur des recettes diversifiées. Nous devons porter une autre
redistribution de la redevance et une taxe prélevée sur les revenus de la publicité des chaînes privées, au profit d'un
secteur public indépendant et garant de la pluralité de l'offre télévisuelle.
Nous refusons la publicité dans le service public. Et sur les autres chaînes, avant, pendant et après la diffusion des
programmes jeunesses.
Les médias libres et alternatifs doivent être encouragés et soutenus, comme les sociétés
coopératives de presse.
· Tourisme social : un outil interculturel
La politique touristique doit viser à développer une offre de qualité accessible à tous et à la promouvoir auprès du
plus grand nombre.La notion de tourisme social doit être intégreé comme fondement du Code du Tourisme de
2004. Le tourisme social durable doit guider les décisions prises en matière de soutien et de valorisation de l'offre
faite aux familles les plus démunies. La politique de qualité comme celle de promotion doivent aussi contribuer au
rééquilibrage territorial du tourisme au profit des espaces ruraux et l'accès de tous aux vacances.
Vers un nouveau contrat social
Le Non français au projet de constitution européenne confirme nos analyses faites au lendemain du 21 avril
2002. Il est urgent de réarmer le politique, de convaincre du pouvoir de la démocratie et donc de l'action
collective. Nous portons l'ambition de créer la République sociale en France et en Europe. C'est-à-dire de
doter les citoyens des outils efficaces et nécessaires à la transformation sociale.
· Une autre constitution pour une autre Europe : la République Fédérale Européenne
Le « Non » des Français au référendum sur la constitution européenne du 29 mai dernier représente pour
nous une occasion unique d'affirmer un autre modèle pour la construction européenne, d'affirmer la
nécessité de construire une Europe fédérale, sociale et démocratique. Loin d'être un rejet de l'Europe, ce
sursaut démocratique exprime la volonté d'une alternative à l'Europe libérale. Les socialistes européens
doivent donc proposer une autre Constitution européenne, plus conforme aux exigences démocratiques,
sociales et fédéralistes de notre projet européen.
Ce projet était le premier. A nous de faire en sorte qu'une nouvelle Constitution voie le jour. Nous croyons que
cette autre Constitution européenne est possible. Cette nouvelle Constitution devra clairement identifier ce
qui relève de l'organisation des pouvoirs, des valeurs et des principes de l'Union européenne et ce qui relève des
politiques économiques et sociales (notamment la suppression du principe de concurrence libre et non-faussée). La
Constitution en tant que telle ne doit porter que sur le premier point et affirmera notamment l'assouplissement des
règles de révision, l'extension de la majorité qualifiée sur les questions de fiscalité et de politique sociale, le
renforcement des pouvoirs du Parlement européen, la création d'un véritable gouvernement européen responsable
devant le Parlement (à la place de la Commission européenne), un véritable pouvoir d'initiative populaire, le contrôle
politique de la Banque Centrale Européenne (BCE), la création d'une diplomatie européenne efficace à travers le
monde et la reconnaissance du principe d'un salaire minimum. Nous souhaitons également une Constitution qui
respecte la laïcité et en particulier qui ne reconnaisse aucun héritage religieux à l'Union européenne. Dans le même
temps, une révision complète des traités européens sur les politiques économiques et sociales sera entreprise. Pour
lutter contre le dumping social et fiscal et élever le niveau de vie des nouveaux pays de l'Union, un traité social devra
être négocié au plus vite. Ce traité, comportant des critères de convergence sociaux devra notamment permettre
d'aller progressivement vers un SMIC européen et une harmonisation fiscale. La création d'un impôt européen voté
par le Parlement européen à chaque début de législature permettra de disposer des marges financières nécessaires
à la politique exercée par le Gouvernement européen. Ce sont autant de propositions pour une Union européenne
qui rompe avec la dictature des marchés et qui instaure une République Fédérale Européenne pour laquelle nous
militons.
En attendant la renégociation pour une nouvelle constitution, nous devons dès à présent réconcilier les
citoyens et l'Europe. Le 9 mai est considéré comme le jour de l'Europe. Mais qui se soucie réellement de
cette journée ? C'est pourquoi nous demandons que ce jour soit déclaré férié et chômé dans toute
l'Europe. Pour cela, l'Europe doit réorienter ses politiques. Au lieu d'accompagner la mondialisation
libérale, elle doit devenir un cadre protecteur et nous offrir de nouvelles solidarités. Nous demandons
l'abandon des directives de libéralisation en cours : directive sur les services, sur le temps de travail,
sur les aides publiques aux entreprises, sur les transports ferroviaires, ainsi que la remise en cause des
directives déjà actées concernant la libéralisation des services postaux, de l'énergie, des services portuaires ou encore
de l'aiguillage aérien.
Pour construire cette nouvelle Europe, nous avons besoin d'un outil à la hauteur de nos ambitions
fédéralistes. Pour le MJS, ECOSY est le cadre de notre action. Nous voulons que notre organisation
européenne devienne une véritable organisation militante en capacité de convaincre des jeunes européens
de toutes conditions sociales de s'engager pour le socialisme. Pour cela, ECOSY doit changer.
ECOSY doit redevenir une organisation politique intégrée qui n'a pas peur du débat d'idées
et de la confrontation. Nous proposerons, et après la campagne européenne sur la directive services
que nous avons portée, qu'ECOSY soit à l'initiative d'une campagne européenne pour une nouvelle
constitution.
Enfin, nous soutenons la Turquie dans sa démarche d'intégration à l'Union européenne, tout en posant la
reconnaissance du génocide arménien comme une des conditions de son adhésion à l'Union.
· Un nouveau contrat démocratique : une 6
ème
République
La refondation de la République est nécessaire pour restaurer la souveraineté des citoyens et renforcer
leur contrôle sur les institutions. La Vème République est devenue le gouvernement d'un seul, sans le
peuple et contre le peuple. La fondation d'une 6
e
République ne saurait pour nous se limiter à un simple
changement du règlement intérieur de l'Assemblée nationale en guise de nouvel élan démocratique. Chaque
pouvoir devra être sous le contrôle d'un autre pouvoir. Le Président de la République restera élu au
suffrage universel direct ce qui lui assurera la légitimité de ses pouvoirs d'arbitrage. Tous ses pouvoirs de
gouvernement seront transférés au Premier Ministre. Nous militons pour un régime primo-
ministériel. Par cela, nous mettrons fin à la personnalisation du régime et ce sont des projets, certes
portés par des hommes, des femmes et un(e) candidat(e) au poste de Premier Ministre, qui devront
convaincre. En face de cet exécutif fort, nous installerons un Parlement aux pouvoirs de contrôle
puissants. L'Assemblée nationale aura un réel pouvoir d'initiative législative, de contrôle du gouvernement
et de son administration, d'évaluation des politiques publiques. La présidence de la commission des finances
sera laissée à l'opposition. La place de l'Assemblée Nationale dans la fixation de l'ordre du jour des séances devra
être renforcée de manière significative. En outre, l'Assemblée Nationale contrôlera la cour des comptes et la
nomination des Hauts fonctionnaires. Le Sénat, aux pouvoirs rénovés, pourra être transformé en « chambre
des forces vives » rassemblant des représentants des syndicats, des associations. L'instabilité politique des
régimes d'assemblée sera endiguée par l'instauration d'une motion de censure constructive qui obligera
toute coalition à proposer le nom du nouveau Premier Ministre. Les alliances de circonstance seront donc
empêchées. Les membres du Conseil Constitutionnel devront être élus par une majorité des 2/3 des parlementaires.
Une telle réforme doit s'accompagner d'une réforme du mode d'élection. Pour une Assemblée
Nationale plus représentative, plus paritaire, plus jeune, plus en phase avec la société, nous
proposons l'élection d'une part significative (+ de 30%) des députés sur un scrutin de liste à la
proportionnelle intégrale. Ainsi, lors des élections législatives un électeur votera sur un même bulletin
pour son candidat sur sa circonscription ainsi qu'en faveur du parti qu'il soutient dans le cadre de la
proportionnelle.
Il est urgent d'instaurer le non-cumul des mandats en nombre et dans le temps, et afin de
permettre aux élus de ne pas considérer leur mandat comme leur métier, nous souhaitons voir créé un
statut de l'élu qui permette à chacun une valorisation professionnelle de son mandat. Au-delà du non-
cumul, pour diversifier le personnel politique, il faut garantir le droit effectif de chaque citoyen à se présenter aux
élections sans préjudice pour sa situation professionnelle future (après son mandat le cas échéant). Nous devons
créer un « congé engagement ».Nous militons pour le mandat unique des parlementaires.
Ce nouveau contrat démocratique ne peut s'engager sans une réforme profonde de nos échelons décentralisés. Dans
un souci d'efficacité de l'action publique, leur nombre doit être réduit leurs domaines de compétence définis de
manière cohérente. Ainsi, le département n'apparaissant pas comme un échelon pertinent doit être
supprimé. Ses compétences doivent être réparties entre la région et les structures intercommunales.
Cette nouvelle République permettra le contrôle direct de ses représentants. Les élus des
intercommunalités doivent être élus au suffrage universel direct, le même jour que les élections
municipales. La démocratie participative n'est pas l'ennemie de la démocratie représentative, elle la
complète. Les organes de consultation doivent être développés à tous les échelons et les citoyens devront
pouvoir décider directement de l'affectation d'une partie du budget de leurs collectivités (municipalité mais
aussi région). Des propositions de Loi d'initiative populaire par voie de pétition seront aussi créées.
Nous portons une réconciliation des jeunes avec la politique. C'est pourquoi nous revendiquons un
statut particulier pour les organisations de jeunesse politiques. Celles-ci doivent pouvoir bénéficier
d'un financement indépendant des partis de leur famille politique afin que leur existence
indépendante soit garantie de même que la liberté de leurs prises de positions. Pour responsabiliser les jeunes,
il faut les prendre au sérieux et rendre leur engagement possible. S'il faut avoir 16 ans pour adhérer à un parti
politique, il est théoriquement impossible pour un mineur de déclarer ou de faire vivre une association. Il nous faut
changer cette situation tout en réglant les questions liées à la responsabilité civile et pénale.
C'est un nouveau contrat de vivre ensemble, une part essentielle du nouveau contrat social que nous
proposons. Les citoyens doivent retrouver confiance en la politique et en eux-mêmes.
· Une justice indépendante et citoyenne
Il est nécessaire de mener une bataille culturelle pour réaffirmer que la justice ne se limite pas au champ pénal
(droit civil, du travail, protection des consommateurs...), comme le voudrait Nicolas Sarkozy. Cela passe par
l'apprentissage du fonctionnement de la justice, de ses acteurs et ses principes notamment en cours d'éducation
civique. Chacun doit être conscient que le Droit à fonction protectrice et non uniquement de sanctions.
Réaffirmer la confiance des citoyens en la justice de leur pays, c'est réaffirmer notre attachement aux
fondements de la République. Cela passe tout d'abord par la responsabilité du premier des citoyens, le
Président de la République. Mis en cause dans de nombreuses affaires, mais irresponsable de par son statut,
Jacques Chirac donne l'image d'un système inégalitaire. Le Président de la République doit être
pénalement responsable des actes commis en dehors de ses fonctions. En dix années de pouvoir,
alors qu'il est pourtant constitutionnellement garant de son indépendance, Jacques Chirac s'est attaché à
démanteler le système judiciaire français, et à le mettre aux ordres.
Nous demandons la création d'un véritable service public de la justice avec une revalorisation de
l'aide juridictionnelle permettant aux citoyens d'être défendus par des avocats d'expérience. La mise en place
des juges de proximité censée permettre une justice plus rapide, moins coûteuse et plus proche des citoyens, n'est
qu'un leurre. C'est une justice approximative, rendue par des juges non professionnels et mal formés, et donc injuste
et inefficace. Nous sommes opposés à une justice de substitution. Pour lutter contre l'engorgement des tribunaux,
nous souhaitons plus de moyens pour la justice et plus de magistrats formés pour la rendre.
Les principes qui gouvernent le procès pénal doivent être effectivement respectés. Les lois Perben I et II ont
depuis 2002 introduit de nombreuses dispositions revenant sur les principes même de la justice, tels que la
présomption d'innocence et l'égalité devant le juge. Ainsi, avec le plaider coupable on introduit légalement
une justice à deux vitesses où la peine devient marchandable, où la place du juge, réduite à un simple rôle
d'enregistrement, cède le pas face au procureur (lequel n'est pas indépendant) et à l'enquête de police. Des
procédures exceptionnelles sont instituées, telle la garde à vue prolongée jusque 96 heures avec présence
de l'avocat non obligatoire les 24 premières heures, l'augmentation de certains pouvoirs d'investigation de
police (écoutes téléphoniques, surveillance, perquisition...) dans un cadre juridique mal défini ouvrent la
porte à tous les abus, à une justice arbitraire.
Ainsi, la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure de mars 2003 criminalise de nombreux comportements jugés
dangereux par la Droite, du jeune dans un hall d'immeuble au racolage passif en passant par certaines
formes de mendicité dites agressives. Ces lois d'affichage ne sont qu'une vision dogmatique et réactionnaire de la
société. La rédaction des lois doit donc faire l'objet d'une réflexion plus approfondie. Elles ont vocation à poser des
règles générales, non à devenir un instrument de compassion par rapport à un événement.
La sacralisation du tout victimaire, qui s'est matérialisée avec le secrétariat d'Etat « gadget » au droit des
victimes, relève de cette conception populiste qui consiste à faire croire que la Gauche, avec la loi
présomption d'innocence de 2000, était du côté des délinquants quand la Droite, elle, protégerait la veuve
et l'orphelin. La Droite crée un sentiment général de présomption de culpabilité. La politique pénale de la
Droite, loin de répondre aux inquiétudes légitimes des citoyens en matière de sécurité, s'est montrée
profondément injuste et inefficace. Pire, en attisant la culture du résultat dans les rangs de la police, « la
peur doit changer de camp », Sarkozy n'a fait qu'augmenter le nombre de bavures et le sentiment de
défiance de certains citoyens envers les forces de l'ordre. Nous voulons renforcer la police urbaine de
proximité et la mission de prévention de la police afin de créer un dialogue avec la population. Nous
souhaitons également donner les moyens d'agir à la commission nationale de déontologie et de la sécurité et à la
police des polices. Nous demandons l'interdiction du port d'armes pour la police municipale et nous
souhaitons également revenir sur le principe de généralisation du port d'arme et sur la banalisation de l'utilisation
des armes non létales (flash-balls...).
La Gauche devra abroger les Lois Sarkozy-Perben et revenir au principe de la loi sur la
présomption d'innocence qui n'a pas eu le temps de porter tous ses fruits.
Jamais la France n'a mis autant de personnes en prison. La question pénitentiaire quant à elle continue de
faire le déshonneur de notre pays. Surpopulation carcérale, non respect des droits fondamentaux des
détenus, refus d'accès à la citoyenneté, les prisons sont des zones de non-droit. Nous affirmons au
contraire que les détenus ont une dignité et que la justice ne saurait être l'humiliation. La réponse pénale ne
doit pas faire perdre de vue les deux fonctions de la peine : sanction et réinsertion. La prison est l'école du vice,
un endroit d'où l'on sort plus abîmé par la vie qu'en y entrant. Parce qu'elles sont criminogènes, nous
voulons changer les prisons pour permettre à chacun d'avoir une vraie chance de s'insérer dans la société.
Le nombre d'éducateurs, de psychiatres et de personnels de réinsertion doit donc être augmenté tout en promouvant
les aménagements de peine en milieu ouvert. Ainsi, nous devrons aller au bout de la réforme initiée par
Marylise Lebranchu avant d'être abandonnée par la Droite et qui tirait les leçons des rapports d'enquêtes
parlementaires en engageant la réflexion nécessaire sur le sens et l'efficacité de la peine. Ainsi, il faut
envisager une diminution des peines d'emprisonnement et le développement des peines alternatives
comme les travaux d'intérêt généraux, notamment pour les mineurs.
Notre génération est la première cible de la logique sécuritaire de la Droite et de Sarkozy. Dans leur
guerre contre la jeunesse tout y est passé. Des free party interdites à la consommation de cannabis
criminalisée en passant par le téléchargement sur Internet, notre génération se sent comme traquée par le
gendarme Sarkozy. La campagne de prévention contre les risques du cannabis n'a fait que jouer sur les
peurs, la méconnaissance des phénomènes de consommation chez les jeunes, visant à inquiéter les parents
plutôt qu'à leur donner les outils de dialogue nécessaires. Nous militons pour une approche sanitaire
et sociale des drogues, qu'elles soient légales comme l'alcool ou le tabac, ou non. Nous
demandons aux socialistes d'assumer le bilan du gouvernement Jospin en la matière. Aujourd'hui la Droite
s'empare de la question des toxicomanies uniquement sous l'angle sécuritaire. Nous demandons au
contraire l'abrogation de la loi de 1970 et la dépénalisation de la consommation et de l'usage
de toutes les drogues non pas pour banaliser mais afin de ne pas enfermer les consommateurs dans la
délinquance. Il faut également donner les moyens d'information et de prévention à la Mission Interministérielle de
Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie afin de développer des campagnes de prévention. Les lieux de
prévention, de suivi, de soins mais aussi d'injection doivent être implantés au plus près des
besoins. La consommation et l'usage du cannabis sous toutes ses formes doivent être
légalisés, sa production et sa commercialisation doivent être placées sous le contrôle de l'Etat et ce à la
fois pour garantir la qualité des produits et lutter contre le trafic tout en autorisant l'autoproduction pour la
consommation privée.
· Réforme fiscale : pour un outil de justice sociale pour retrouver des marges de manoeuvre
Le nouveau contrat social que nous proposons doit s'accompagner d'une réforme fiscale importante.
Autant le dire, la fiscalité française est aujourd'hui particulièrement injuste et le déficit budgétaire a été creusé par
la Droite. L'enjeu pour la Gauche est donc de retrouver des marges de manoeuvre budgétaires pour financer les
politiques publiques nécessaires tout en réformant la fiscalité dans le sens d'une plus grande progressivité.
En France, le système fiscal est particulièrement injuste et complexe. La TVA, payée par tous de façon
uniforme et touchant tous les biens de consommation, est la première source de revenu de l'Etat (162
milliards d'euros), bien plus que l'impôt sur le revenu (57 milliards d'euros), qui est pourtant le seul impôt
progressif en fonction des revenus. Malheureusement, l'accumulation des différents dispositifs de
déductions fiscales et les baisses d'impôts successives pour les plus hauts revenus ne font plus de l'impôt
sur le revenu l'outil de la justice sociale. Réhabiliter l'impôt comme participation de chacun en fonction de
ses moyens au fonctionnement de la communauté est donc devenu nécessaire. Pour cela nous proposons
d'augmenter la progressivité de l'impôt sur le revenu et d'augmenter fortement son montant
(notamment pour les tranches supérieures). Il doit être payé par l'ensemble de la population, même d'un montant
symbolique, et toutes les niches fiscales qui profitent aux hauts revenus doivent être supprimées. Nous militons
aussi pour que cet impôt soit prélevé à la source. De même, la prime pour l'emploi, qui s'apparente à
l'impôt négatif importé des Etats-Unis et d'Angleterre et tend à exonérer les entreprises de toute responsabilité en
matière salariale (l'Etat compensant à fonds perdus le bas niveau des salaires) doit être abrogée. L'ISF doit
également être réformé pour le rendre plus progressif et son taux doit être augmenté pour les très
gros patrimoines. Les socialistes devront également ouvrir une vraie réflexion sur la succession et la transmission
du capital. Nous ne pouvons plus accepter la reproduction et l'amplification des inégalités de patrimoine, bien plus
fortes que les inégalités de revenus : l'impôt sur les successions, au lieu d'être baissé comme l'a fait la Droite, doit
être fortement augmenté afin d'assurer une réelle redistribution des richesses et de lutter contre la très forte
détermination des destins dès la naissance. Enfin, pour diminuer les effets de cette taxation indirecte
particulièrement injuste, le taux de la TVA doit être réduit.
Cette réforme doit s'accompagner d'une refonte de la fiscalité locale qui touche elle aussi
l'ensemble de la population sans prendre en compte la situation des différents foyers. Cette inégalité
territoriale doit être combattue. Cela doit permettre de faire diminuer la contribution des foyers les plus
modestes. C'est aussi l'occasion de remettre à plat le pouvoir de décision des collectivités et les taux d'imposition
sur ces impôts. L'exigence d'une refonte de la taxe d'habitation, de la taxe professionnelle et de
la taxe foncière, facteurs d'inégalité, est forte. L'impératif de mutualisation et de péréquation est aussi
flagrant. Les socialistes doivent porter cette revendication dans le sens de la justice sociale.
De plus afin de permettre le financement de la sécurité sociale et des grandes réformes que nous voulons
mettre en oeuvre, il faudra trouver des ressources nouvelles. Ceux qui payent aujourd'hui beaucoup
d'impôts au regard de leurs faibles revenus ne pourront plus longtemps supporter cette situation. Les
revenus du patrimoine doivent être autant taxés que les revenus du travail (30% pour les
premiers et jusqu'à 48% pour les seconds).
Enfin au niveau européen, nous défendons la création d'un impôt européen progressif, voté par le
Parlement à chaque début de législature. Cet impôt serait le symbole de l'appartenance de tous les
européens à une même communauté et permettrait de créer les marges financières nécessaires à la
politique de cohésion territoriale et de grands travaux dont l'Europe élargie a besoin.
· Une nouvelle démocratie sociale
Le nouvel élan démocratique que nous appelons de nos voeux passe aussi nécessairement par un nouvel
élan de la démocratie sociale. Trop souvent délaissée, la démocratie sociale joue un rôle important et
complémentaire au côté de la démocratie politique. De plus, pour nous socialistes, la richesse produite
dans les entreprises n'appartient pas uniquement aux détenteurs du capital. Les salariés doivent pouvoir
avoir leur mot à dire sur la répartition des richesses dont ils sont aussi propriétaires. Pour cela, nous
défendons un paritarisme rénové.
Si on ne peut se satisfaire du faible taux de syndicalisation ou de la division des syndicats, qui caractérisent
le paysage social français, les syndicats restent les acteurs naturels et légitimes du dialogue social. Il faut
renforcer la position des syndicats dans l'entreprise. La loi doit prendre en compte les évolutions
incontestables du mouvement syndical. Les syndicats émergents doivent être habilités à prendre part
pleinement aux négociations collectives. Les jeunes socialistes défendent la mise en place de la
règle de l'accord majoritaire avec respect du principe de faveur (un accord est nécessairement plus
favorable que celui négocié à l'échelon supérieur). En effet, seul un accord collectif signé par un (ou des)
syndicat(s) ayant recueilli la majorité des voix des salariés doit pouvoir engager l'ensemble des salariés
d'une branche ou d'une entreprise. Pour jouer vraiment leur rôle d'acteurs de la démocratie sociale, les
syndicats ont aussi besoin de moyens. Pour cela, le financement des syndicats pourrait prendre
modèle sur le financement des partis politiques c'est-à-dire être assis sur le pourcentage de voix
obtenues lors des élections professionnelles (qui détermineront leur représentativité) dans toutes
les branches d'activité le même jour. Une campagne électorale nationale et médiatique permettrait la
mobilisation de salariés et légitimerait l'action et le rôle des syndicats. Le financement public leur
permettrait de garantir la transparence et pérenniser leur existence tout en favorisant leurs marges de
manoeuvre.
Il faut ouvrir la représentation syndicale aux salariés des PME et TPE avec des représentants élus pour une branche
d'activité et/ou un territoire géographique. La liberté syndicale dans toutes les entreprises doit être réaffirmée, en
combattant les discriminations syndicales et en donnant aux représentants syndicaux les moyens d'exercer leurs
fonctions. Pour revivifier la démocratie sociale, il convient de rétablir les élections aux caisses de sécurité
sociale abandonnées depuis 1983, afin de renouveler la légitimité des élus et de renforcer l'attachement des
salariés à leur Sécu. Pour renforcer le rôle des salariés dans l'entreprise, nous proposons d'étendre les
prérogatives du Comité d'entreprise : son avis conforme sera requis pour certaines questions (par exemple sur
le volume des heures supplémentaires).
Nous souhaitons que les règles générales de la négociation collective soient clairement définies par le Code
du Travail et s'appliquent pour toutes les branches et toutes les entreprises. Il faut rétablir clairement la
hiérarchie des normes et l'ordre public social : la loi Fillon de 2003 qui permet aux accords d'entreprises de déroger
au droit du travail (opting out) doit être abrogée. Nous souhaitons également instituer une information obligatoire
sur la présence de syndicats dans l'entreprise donnée par l'employeur au salarié à son arrivée dans l'entreprise puis
régulièrement par la suite.
Les jeunes salariés sont le plus souvent écartés de la démocratie sociale en raison de leur statut souvent
précaire. Il est donc indispensable de permettre aux salariés intérimaires, saisonniers et aux étudiants-
salariés de participer aux élections du personnel. Les socialistes doivent revenir sur la décision du
gouvernement Villepin de ne plus prendre en compte les salariés de moins de 25 ans dans les seuils
sociaux des entreprises.
· Reprendre l'offensive sur les services publics
Face à une Droite qui ne considère l'Etat qu'au travers de ses missions régaliennes ou comme un moyen de
libéraliser encore plus notre société, nous devons réaffirmer que la puissance publique - c'est-à-dire l'Etat
mais aussi les collectivités locales - est la garante de l'intérêt général et du progrès social. Ceci doit nous
conduire à repenser les outils de l'action publique et ses missions.
Les services publics sont indispensables pour assurer la cohésion sociale, territoriale, économique, en un
mot : l'intérêt général. Ils sont seuls à même d'assurer les principes essentiels que sont la continuité territoriale, la
péréquation tarifaire, la liberté d'accès et de faire les investissements nécessaires sur le long terme. De ce fait,
l'égalité d'accès à ces services doit être garantie, ce qui conduit à les extraire du jeu de la
concurrence. Cette conception des services publics est une conception acceptée par la plupart des pays
européens, au-delà des différences d'histoire et d'organisation de leurs propres services publics. Pourtant,
l'action de la Commission européenne, dont les principes d'action reposent avant tout sur le dogme de la
concurrence libre et non faussée remet en cause depuis plusieurs années le contenu de nos services
publics. Et ce n'est pas la définition minimaliste des « services d'intérêt généraux » ou des « services
économiques d'intérêt général » qui permettra de soustraire à la logique libérale les services publics. On
connaît aujourd'hui les effets dévastateurs des libéralisations dogmatiques telles qu'elles ont été pratiquées
en Grande Bretagne : rupture d'égalité pour les usagers, dégradation de leur qualité, renchérissement, etc
Les services publics jouent aussi un rôle économique fort. C'est pourquoi l'élaboration d'une directive
européenne sur les services publics doit être une priorité des socialistes afin de garantir leur
existence et leur respect dans leurs différentes formes au niveau de chacun des Etats et afin de préserver
un certain nombre de secteurs économiques du marché tout puissant. Cette directive doit promouvoir
pour l'avenir de grands services publics européens tels que l'énergie, la poste, les transports, les
télécommunications.
Si la question de la bonne gestion des services publics, de leur transparence et de leur cahier des charges doit être
posée, la question de la propriété du capital de ces services reste centrale. En effet, même bien encadrées, les
entreprises privées sont soumises aux règles impitoyables du marché qui les obligent à faire du rendement à court
terme plutôt que des investissements dans les infrastructures ou dans la qualité du service. Il est donc indispensable
de poser la question des privatisations passées et en cours. Le prochain gouvernement de Gauche devra
donc renationaliser un certain nombre de services publics privatisés comme EDF. Pour les compagnies
de gestion de l'eau, nous suggérons une régie municipale ou intercommunale comme c'est le cas dans certaines villes
qui permettent comme le montrent de nombreux exemples d'améliorer la qualité de l'eau et de baisser son prix.
L'eau, bien essentiel à la vie, doit être préservée des intérêts marchands. Au-delà des ouvertures de capital, nous
devons nous opposer au dépecage des services publics par la dissociation entre la gestion commerciale (ouverte à la
concurrence et source de profits potentiels) et l'entretien des infrastructures (source de déficits abyssaux dus à leurs
coûts élevés), comme cela a été fait avec la séparation de la SNCF et de RFF. Cela revient à laisser le secteur privé
vampiriser les services rentables des services publics et laisser les infrastructures et les services non rentables au
public. Pourquoi l'Etat devrait-il payer des infrastructures coûteuses pour que des entreprises privées puissent faire
des bénéfices en les utilisant ? De la même manière, les services postaux sont en train d'être saucissonnés pour être
bradés par étages puisque les activités non rentables restent à la charge de la Poste alors qu les colis très rentables
ont été ouverts à la concurrence.
Il nous faut également réaffirmer la nécessité du monopole public dans certains secteurs comme
l'électricité, le gaz, la production et le retraitement nucléaire, les services postaux : l'ouverture à la concurrence,
même en cas de maintien d'une entreprise au capital 100% public comme la SNCF ou la Poste, entraîne
automatiquement les entreprises publiques dans une logique de profits à court terme, au détriment de ses missions
de service public. Dans le secteur de l'énergie qui est très sensible étant donné son poids économique et les
conséquences sur la croissance et l'emploi du prix de l'énergie, outre la renationalisation d'EDF et de GDF,
nous demandons une fusion de ces deux entreprises afin de constituer un pôle public et à terme
européen de l'énergie pour faire face à la crise mondiale qui nous attend dans les années à venir.
Nous devrons certes défendre les services publics existants, mais également nous atteler à une redéfinition de leurs
missions, garantir leur pertinence territoriale et aussi développer de nouveaux services, en fonction des besoins
nouveaux, en phase avec les mutations de notre société.
Des obligations de service public dans le domaine de la téléphonie mobile et de l'Internet par exemple
seraient aujourd'hui tout à fait pertinentes. L'évolution des heures d'ouverture des administrations et des
services comme les crèches, le développement de l'e-administration sont d'autres exemples des mutations
que le service public doit affronter. Par ailleurs, une réflexion sur leurs modes de gestion devrait être
ouverte. La gestion des entreprises publiques est aussi au coeur des critiques sur l'efficacité des services
publics. La transparence envers les citoyens doit être assurée, les citoyens et usagers des services de même
que les employés doivent être associés au contrôle et à l'évaluation des services publics de sorte que les
différentes expertises et expériences de ces services servent à les améliorer. La gouvernance et le
contrôle démocratique seront au coeur des réformes des socialistes.
La question du financement et de la gestion des services publics doit aussi se poser au niveau de l'Union. En
effet, certains services répondent mieux à ce niveau qu'a celui des Etats. Cela suppose bien sûr de sortir de
la politique de limitation budgétaire de l'UE menée par les Etats principaux contributeurs à son budget. Le
MJS proposera à ses partenaires européens une campagne de mobilisation pour
l'augmentation du budget européen nécessaire aux services publics et à la politique de
cohésion territoriale.
· Pour la société éducative
La formation des citoyens est un élément essentiel du contrat social. Le service public d'éducation doit
assumer trois objectifs : l'égalité (entre les individus, les territoires, les établissements, les formations) par la
redistribution des moyens, l'émancipation par l'acquisition de savoirs, de qualifications et de pratiques, et
l'intégration sociale et républicaine pour permettre le vivre ensemble.
L'enseignement public a permis tout au long du siècle dernier une considérable massification de l'accès au savoir et
l'élévation générale du niveau d'instruction de la population. Il est important de souligner l'ampleur du défi relevé par
le service public et les réussites du système. Pour autant, le projet démocratique et social de l'école est en crise.
La crise de l'école est d'abord une panne de l'ascenseur social. L'école reproduit voire même accentue les
disparités sociales au lieu d'offrir à chacun la possibilité de devenir un citoyen à part entière et de réaliser
un projet de vie. Les statistiques sur l'accès aux différents niveaux d'études des enfants selon leurs origines sociales
révèlent la profonde inégalité des jeunes devant l'école : ceux qui ayant une meilleure connaissance du système
éducatif peuvent le détourner à leur avantage tandis que les autres restent sur le bord de la route. Ces jeunes
privés de réussite scolaire sont les premières victimes de la précarisation du travail et du chômage de
masse. Dans 10 ans, moins de 10% des emplois ne demanderont aucune qualification. Il est donc urgent de
recruter plus d'enseignants dans l'optique de dédoubler les classes. Des classes limitées à 20 élèves
permettront à l'équipe pédagogique de dispenser un enseignement où aucun élève ne sera laissé sur
le bord de la route. Ce dispositif permettra aussi de déceler les lacunes de chacun et de chacune et d'y remédier
au plus vite. L'école doit aussi servir d'ascenseur social pour son personnel. Il est impératif de récréer le statut
de MI-SE (surveillant) pour remplacer celui d'assistant d'éducation qui exploite les étudiants et les
met en situation d'échec.
La Droite, comme nous l'a démontré la loi Fillon, sacrifie notre avenir. Cette loi est avant tout une loi
de restriction budgétaire qui n'affiche aucune ambition. Elle est ensuite une Loi d'abdication devant l'échec
scolaire parce qu'elle propose une orientation précoce des élèves et des changements des missions de l'école
républicaine : de l'école du citoyen pour la culture de tous vers la production de ressources humaines dans un
système à deux vitesses à l'anglo-saxonne. Nous demandons donc que cette loi soit abrogée dès le retour de
la Gauche au pouvoir.
Parce que nous portons un modèle de société alternatif à celui de la Droite, nous nous battons pour un
projet éducatif alternatif. Une réforme en profondeur de l'Education Nationale et des programmes est
nécessaire si nous voulons que la mission première de l'école, former des citoyens, soit maintenue à un niveau
exigeant. Cette réforme passe par une remise à plat totale des matières enseignées dans le primaire et dans le
secondaire et une réforme des examens du baccalauréat. Depuis les années 1950, la prédominance des Sciences
sur les Humanités, conséquence de notre entrée dans la société industrielle moderne, placent les élèves issus des
filières scientifiques au-dessus des élèves des autres filières. Notre société a évolué et cela doit nous imposer une
réforme des programmes scolaires. La méconnaissance en sciences humaines, au sens large, des lycéens qui entrent
à l'université et la prédominance des sciences dites « dures » relève d'une société prête à former des exécutants de
haut niveau mais pas des individus capables de comprendre le fonctionnement de la société dans sa complexité.
Nous aurions tort, dans cette réforme, d'opposer les Sciences et les Humanités. Le XXIe siècle doit être celui de la
connaissance et l'impact que cela doit avoir dans la sphère éducative n'est pas négligeable. Un enseignement autour
de deux pôles communs pour tous doit être instauré. Le premier pôle est celui des Sciences qui apporte une
formation scientifique de base. Le second pôle est celui des sciences humaines et sociales. En complément de cet
enseignement, le lycéen choisira une majeure parmi plusieurs disciplines qui reprennent en l'améliorant le système
actuel. De plus, des recherches en éducation ont montré que la philosophie, s'il ne s'agit de l'étude des concepts et
des auteurs mais bien de l'apprentissage de la sagesse et de la réflexion par soi-même, peut s'appréhender dès le
primaire. Le fondement d'une telle politique éducative est l'éveil de l'individu, la construction de l'être humain et le
développement de l'esprit critique.
L'Education doit redevenir une priorité de la Nation. Il est évident qu'une des principales mesure à prendre est
de combler le déficit d'investissement de la part de l'Etat depuis trois ans. Il est maintenant urgent d'effectuer
une loi de programmation budgétaire afin de pérenniser sur une décennie les moyens de l'Education
Nationale. Ainsi, il faut dégager des crédits supplémentaires pour les établissements en difficulté, notamment en
Zone d'Education Prioritaire (ZEP). Les zones d'éducation prioritaire (ZEP) sont un outil puissant de lutte
contre les inégalités territoriales. Le bilan est en demi-teinte. S'il n'y a pas dans ces zones de dégradation
relative des acquis des élèves alors que les conditions sociales s'y sont considérablement dégradées, force
est de constater que l'écart entre les élèves scolarisés en ZEP et les autres a peu diminué. La limite de la
politique des ZEP réside surtout dans leur ciblage très imparfait et le manque de moyens qui leur est alloué. En
effet, les ZEP étaient censées bénéficier de moyens permettant aux élèves d'étudier en groupes restreints afin de
faciliter leur apprentissage. Or, aujourd'hui, une classe de ZEP compte en moyenne seulement 4 élèves de moins
qu'une classe normale. De plus, elles ont aussi montré leurs limites car souvent elles créent une communauté dans
la communauté en stigmatisant les élèves issus des milieux les moins aisés.
Il faut aujourd'hui passer d'une aide aux établissements, basée sur leur lieu d'implantation, à
une aide basée sur les élèves qui les fréquentent, c'est-à-dire conditionner leurs ressources non
seulement à leurs résultats aux évaluations nationales, mais aussi à la proportion d'enfants de familles en
difficulté.
Il faut affirmer l'idée qu'augmenter significativement le nombre d'enseignants par élèves dans ces zones est une
condition indispensable à la réussite du dispositif. Cela doit passer par des mécanismes d'incitation des enseignants
et des personnels encadrants à travailler dans ces zones.
Il est également impératif de continuer et d'accentuer la politique de gratuité des manuels scolaires mise en
place par la Gauche dans les régions. La possibilité de fournir un manuel pour la maison et un manuel destiné à
l'établissement doit être étudiée. Pour faciliter l'accès au matériel scolaire dans les familles, il faut d'ailleurs
remodeler l'allocation de rentrée scolaire en fonction des revenus du ménage.
L'objectif doit être de construire une véritable société éducative en refondant l'école de la maternelle à
l'insertion professionnelle. Il faut assurer une plus grande autonomie aux établissements scolaires dans leur choix
pédagogique mais à l'inverse définir de façon plus rigoureuse, à l'échelle nationale, l'offre de formation et les grands
objectifs. Dès le plus jeune âge, les inégalités doivent être combattues pour empêcher qu'elles ne
s'accentuent dans le temps. La question de la petite enfance doit également être une priorité afin d'assurer aux
familles que leurs enfants de 3 ans trouveront tous une place en maternelle, alors qu'aujourd'hui plusieurs centaines
ne sont pas scolarisés. A terme, il faut tendre vers une pré-scolarisation gratuite dès deux ans.
L'encadrement en maternelle doivent devenir une priorité, encadrement qui doit garantir un maximum de 20
élèves par classe et la présence d'au moins deux adultes.
Nous sommes les défenseurs du collège unique, lieu essentiel pour l'apprentissage d'une culture commune.
Parce qu'elle est décisive pour la formation des citoyens, cette école doit placer la réussite de chacun de ses élèves et
l'éducation au vivre ensemble au coeur de son projet par une refonte de ses programmes et de ses pratiques
pédagogiques. Nous militons afin que 100% des jeunes soient qualifiés à la fin de leur cursus scolaire. Ainsi,
l'enseignement technologique et professionnel doit être valorisé et non être une orientation encore trop subie par les
élèves souvent en échec scolaire. Une politique d'orientation doit être mise en oeuvre pour aider les
élèves à choisir leur orientation de façon positive et non par défaut. Il faut favoriser la logique
d'orientation et non la logique de sélection. Pour cela, l'orientation ne doit plus être uniquement cantonnée
à quelques heures obligatoires et laissée aux seuls conseillers d'orientation, trop peu nombreux et
connaissant mal les jeunes. Ces conseillers doivent être recrutés en plus grand nombre, mieux formés et
surtout être là pour accompagner la démarche des professeurs et des élèves. Nous militons aussi pour une
réforme du bac qui tout en conservant à cet examen son caractère anonyme et national, condition de l'égalité des
chances, prenne en compte la progression des lycéens par l'instauration de partielles.
Afin que les cours particuliers privés ne viennent pas creuser encore plus les inégalités face à l'éducation, nous
proposerons aussi la création de Cours Particuliers Public pour Tous (CPPT) assurés, au sein
des établissements, par le personnel de l'Education Nationale. La gratuité demeure un principe
essentiel de notre vision de l'éducation : nous ne devons plus accepter les baisses d'impôts sur les cours particuliers,
la recrudescence des instituts de préparation privés aux concours universitaires (médecine, pharmacie, CRPE, écoles
d'avocats et d'infirmières) et le fait que de nombreuses formations ne sont accessibles que par le biais d'écoles
privées. Le service public de l'éducation doit pouvoir organiser au sein des établissements des cours de soutien pour
tous, dispenser des enseignements universitaires qui intègrent la préparation des concours et offrir un panel de
formations, réunies au sein d'un seul ministère, celui de l'Education Nationale, qui permettent à tous les jeunes de
suivre la formation de leur choix dans un établissement public et gratuit. L'école évalue les savoirs. Cependant, elle
devrait également intégrer les savoirs-faire et les savoirs-être et reconnaître ainsi les compétences acquises dans un
autre temps que le temps scolaire. Ainsi, former des citoyens, c'est prendre en compte, tout au long de la scolarité,
l'engagement d'un jeune auprès par exemple d'une association ou d'un club sportif. Les outils de « démocratie »
lycéenne, le Conseil de la Vie Lycéenne et le Conseil Académique de la Vie Lycéenne, doivent trouver un sens via une
concrétisation de leur action et trouver une audience auprès des lycéens qui doivent s'identifier en ce projet.
L'école devra aussi renforcer la citoyenneté européenne en créant un cours d'éducation civique européenne
dont le programme pourra être commun à tous les pays de l'Union. Ces cours, dont l'objectif est de renforcer
l'intérêt et la compréhension de l'Union européenne par les citoyens, porterait sur l'histoire de l'Europe, de sa
construction, sur le fonctionnement des institutions. Dans cette optique, il est essentiel de mettre en place des
opportunités d'échanges entre pays européens. Ainsi, un séjour linguistique d'une durée d'un mois doit être
intégré au programme scolaire de 3
e
afin de faire connaître une autre culture et d'approfondir au moins une
des deux langues enseignées au collège avant toute orientation, qu'elle soit technologique ou générale, tout en
offrant un choix varié de langues. Cet échange sera entièrement financé par l'Etat afin que même les familles au
statut financier précaire y aient accès.
Il est urgent de donner à l'enseignement supérieur les moyens d'accompagner ses étudiants dans le choix
de leur formation et de leur parcours. Si la massification de l'enseignement est faite, sa démocratisation
reste à conquérir. Un principe doit nous guider : l'égalité. Les grandes écoles, facteur de reproduction
des élites, d'affirmation de la domination d'une classe sociale, doivent être intégrées à l'Université et
l'unification de l'enseignement supérieur doit être actée par la création d'un Service Public de
l'Enseignement Supérieur.
Il s'agit donc de remettre à niveau les Universités françaises pour leur permettre d'accueillir dignement plus
que le tiers de chaque génération qui accède à l'enseignement supérieur. Pour cela, il faut que le premier
cycle permette une orientation progressive notamment grâce à une pédagogie nouvelle impliquant une plus
grande pluridisciplinarité et un véritable accompagnement (cours en petit groupe, etc...). Il s'agit de faire
évoluer aussi bien les relations entre étudiants et professeurs que les méthodes d'enseignement.
La professionnalisation des études, leur adaptation à d'autres publics, qu'ils soient en reprise d'études, en
formation continue ou simplement en quête de connaissances peuvent permettre à l'université une
profonde réforme de son fonctionnement. Pour faciliter l'insertion professionnelle, il faut développer une
professionnalisation durable des études. S'il convient d'écarter le danger d'une soumission des formations
universitaires aux besoins à court terme des entreprises, tous les étudiants ont droit à l'acquisition d'une qualification
professionnelle, faite de savoirs et de savoir-faire. A l'inverse d'une ultra-spécialisation précoce, il faut permettre une
polyvalence et un haut niveau de qualification à l'heure de l'évolution rapide des technologies et des métiers.
Réforme des relations entre étudiants et professeurs, réforme des méthodes d'enseignement. C'est aussi
une chance pour la formation continue de mieux bénéficier des savoirs universitaires. L'enjeu est ainsi de
ne plus parler de formation tout au long de la vie comme d'un enjeu à part mais de penser la formation
supérieure et professionnelle comme ne dépendant pas des âges de la vie mais simplement des besoins et
des envies de formation de chacun, à des moments différents.
Permettre à des personnes nouvelles d'accéder à l'Université et assurer la réussite de tous nécessite la
refonte des aides sociales au travers de l'allocation autonomie et la mise en place d'un Statut
Social de l'Etudiant. De plus, la réussite des études dépendant également de bonnes conditions d'hébergement,
il est impératif que l'Etat investisse dans la rénovation et la construction de logements étudiants accessibles
au plus grand nombre.
La réflexion européenne ne peut être absente de nos réflexions sur l'Education. La République Fédérale
Européenne devra permettre l'émancipation des citoyens. Pour cela, l'Europe de l'éducation doit permettre
la mobilité du plus grand nombre et non d'une petite partie d'étudiants comme aujourd'hui. Nous
proposons de créer une aide sociale à la mobilité et l'accès à tous aux bourses ERASMUS. Par
ailleurs l'harmonisation des formations au niveau européen doit s'accompagner de la mise en place d'une
politique d'évaluation et ne pas être le prétexte à une marchandisation de l'enseignement supérieur. D'autre
part, nous revendiquons l'égalité des droits et du statut entre étudiants français et étrangers.
L'école est un puissant outil de structuration de la société. Elle doit défendre des valeurs (égalité,
autonomie, laïcité,...) et éduquer à la citoyenneté en développant le sens critique des élèves y compris par
le biais de l'éducation aux médias. Ainsi, l'enseignement de l'éducation civique doit être renforcé et continu des
classes primaires au baccalauréat de toutes sections en faisant l'objet d'une épreuve. Ces cours auront pour but une
meilleure connaissance des institutions et des lois et devra permettre le débat sur différents thèmes liés à la
citoyenneté et au « vivre-ensemble » (racisme, antisémitisme, sexisme, homosexualité, politique...). La participation
des fédérations d'éducation populaire doit être encouragée au sein de l'Education Nationale pour que l'Ecole
remplisse également son devoir en matière de formation des citoyens. Etoufées et dénigrées par les gouvernements
de Droite, obligées de réduire leur champ d'action, les fédérations d'éducation populaire sont un outil important
d'accès à la culture et aux loisirs éducatifs. Les socialistes devront garantir à ces fédérations leur développement et
leurs moyens d'action.
· Sauvons la recherche !
Tout nous oppose à la Droite. La loi d'orientation pour la recherche est teintée d'une idéologie libérale.
Comment justifier autrement que par le seul souci des intérêts financiers une réforme qui favorise partout
la recherche à court terme extrêmement rentable en massacrant toute recherche à long terme, pourtant
garante de l'innovation et de la croissance de demain. Les socialistes doivent proposer une réforme globale
de la recherche avec une loi d'orientation sur la recherche et une programmation pluriannuelle
(3% du PIB, création de 5000 postes/an). La base d'une recherche efficace est un service public
d'enseignement supérieur et de recherche fort. La politique de recherche doit donc être plus tournée vers
l'Europe ; mieux équilibrée et coordonnée entre les différents acteurs qu'ils soient privés ou publics,
universitaires ou dépendant des Etablissements Publics de Recherche ; mais surtout en en faisant une
priorité nationale et en menant une vraie politique d'éducation et de vulgarisation dans toute la société et
en particulier dans la jeunesse.
Il faudra aussi améliorer le statut des jeunes chercheurs, reconnaître le doctorat, en augmenter le
nombre et proposer une harmonisation des allocations à un minimum de 1600 euros par mois ouvrant droit
à toutes les protections sociales.
· L'aménagement du territoire contre la fracture territoriale
La politique d'aménagement du territoire semble avoir disparu de l'action de la Droite. Héraut de la
décentralisation, Raffarin a parallèlement plombé la capacité d'initiative des régions par une nouvelle étape
de la décentralisation mal préparée et lourde à assumer financièrement pour les régions et les départements.
Le projet de loi relatif aux responsabilités locales, injustement nommé Acte II de la décentralisation, est loin d'être à
la hauteur des lois de 1982. La différence entre ces deux actes ne tient pas aux volumes des transferts mais au
caractère idéologique qui sous-tend le mouvement actuel. Ce mouvement s'inscrit dans une logique têtue et libérale
de remise en cause de l'Etat qui sous couvert d'un rapprochement de la décision du citoyen, transfère une partie des
déficits publics afin de soulager les finances de l'Etat. Les ruptures induites par cette réforme brisent le contrat social
entre l'Etat et une partie de la population, celle, paradoxalement, qui a le plus besoin de la solidarité nationale. Est-
ce bien oui ou non la solidarité nationale qui doit apporter à chacun les ressources suffisantes pour vivre dignement,
voire pour survivre, ou serait-ce aux collectivités locales de s'en charger ? Les gouvernements Raffarin et Villepin ont
sciemment décidé de sacrifier la solidarité de l'Etat envers nos concitoyens les plus fragiles. Progressivement, les
impôts aussi injustes qu'inadaptés, payés par les contribuables locaux, viennent prendre en charge l'augmentation de
ces dépenses, en particulier les départements connaissant déjà des difficultés économiques et démographiques. Dans
cette mécanique, c'est la solidarité nationale qui est cassée. Nous demandons à ce que les mesures qui relèvent de
la solidarité nationale reviennent à l'échelon de l'Etat. Elles sont l'exigence de cohésion sociale et territoriale sur
laquelle repose le principe de pacte républicain.
En effet, il s'agit plus pour l'Etat de se débarrasser de fonctions coûteuses qui ne l'intéressent plus que d'une
action concertée sur la répartition des compétences et les niveaux d'administration les plus pertinents. Les
socialistes sont pour la décentralisation mais pas n'importe laquelle.
La politique de décentralisation doit s'appuyer sur un principe clair de subsidiarité. Les collectivités
locales doivent être en charge des services qu'elles sont les plus aptes à assumer du fait de la proximité avec les
usagers. Dans ce cadre, une réforme de la fiscalité est indispensable pour leur redonner des marges de manoeuvre ;
il est hypocrite de décentraliser les compétences sans en décentraliser les moyens.
Donner une plus grande autonomie budgétaire aux collectivités doit aussi s'accompagner d'un
renforcement de la péréquation entre elles, coordonnée par l'Etat. Un service public de proximité (crèches et
écoles primaires dans les villages, centres hospitaliers, bureaux de poste...) sur tout le territoire reste une nécessité.
L'absence de connexion à Internet de qualité ou de réseau de téléphonie mobile est devenu un véritable
handicap. Cette solidarité entre les territoires doit également s'appliquer aux DOM, qui sont
trop souvent oubliés dans les politiques d'aménagement du territoire.
Une politique d'aménagement des territoires n'a de sens que si elle s'inscrit dans une politique nationale et
européenne de solidarité entre les territoires. Il est nécessaire de réhabiliter les contrats de plan Etat -
Région, véritables instruments de mise en cohérence des politiques d'aménagement locales et des
orientations nationales. De plus, l'Etat doit se réemparer de sa fonction de planification de l'aménagement
et d'investissement dans les grands projets d'infrastructure qu'il est seul à pouvoir porter avec l'aide de
l'Union européenne. Le désengagement de l'Etat de la politique des transports tant au niveau national que
local, au niveau des transports de voyageurs comme du fret où le ferroutage n'est toujours pas soutenu, est
le reflet de son manque d'ambition actuel mais aussi d'une vision à court terme. Ainsi, pour la ligne Lyon-Turin,
le désengagement de l'Etat ralentit lourdement la construction. Ces investissements ont un coût et n'ont pas à
être rentables, ils se révèlent un facteur de dynamisation économique, de cohésion sociale, de préservation
de l'environnement et de sécurité. Au lieu de cela, aujourd'hui, l'Etat ne respecte plus ses engagements et reporte
sine die les opérations prévues. Les collectivités territoriales, déjà fragilisées financièrement par la décentralisation
« tiroir-caisse » de 2004, sont obligées d'avancer la part de l'Etat pour les opérations achevées.
Enfin, la politique agricole doit assumer un rôle important d'aménagement du territoire. Il est ainsi
indispensable de remettre en cause la PAC (Politique Agricole Commune). Basée sur un modèle
productiviste aujourd'hui dépassé, nuisible à l'environnement et ne prenant en compte qu'une partie du
monde agricole, à savoir les gros producteurs défendus par la FNSEA, elle doit être profondément
réformée. Une politique d'aide aux petites exploitations devrait la remplacer afin de maintenir l'activité en
milieu rural de même qu'une aide à la pluri-activité afin de sortir du productivisme. La PAC doit aussi se
recentrer sur une agriculture de qualité qui permette aux paysans de vivre de leur production tout en
prenant soin de leur environnement. Des Contrats d'Agriculture de Qualité permettront
d'encadrer l'évolution du monde agricole.
Proposer un nouveau modèle de développement :
le socialisme démocratique
Les désordres mondiaux ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence de l'extension d'un système
économique : le capitalisme. Pour s'étendre, le capitalisme a besoin d'une exploitation toujours plus
importante, toujours plus globale des ressources naturelles et des travailleurs. Cela est créateur de
tensions entre les peuples, entre les nations, qui peuvent aisément dégénérer en conflit armé dès lors qu'un
acteur y trouve son intérêt. Ce système ne prend pas en compte le fait que les ressources
environnementales et humaines ne sont pas infinies. La responsabilité des socialistes, c'est de laisser aux
générations futures une planète viable et de laisser ainsi la possibilité aux Hommes de s'émanciper et de se
développer. Le concept de développement durable peut sembler répondre à cette exigence. Pour nous, le
véritable développement durable ne peut être que la conciliation des exigences économiques, sociales,
environnementales et culturelles. C'est de fait le Socialisme Démocratique que nous voulons construire. Si la
Gauche peine à formuler une approche globale du monde les solutions existent pourtant. Elles doivent être
construites avec l'ensemble de la Gauche politique, syndicale et associative.
· Le nouvel âge du capitalisme
« Le capital qu'est-ce donc que ce talisman magique dont la présence ou l'absence transforme notre condition, notre
état, notre vie entière ? » Léon Blum
Le capitalisme désigne un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production.
Mais le capitalisme évolue. Ces trente dernières années, il a connu une mutation qui conduit à une dérégulation
généralisée. D'un capitalisme essentiellement industriel organisé dans un cadre national, qui permettait la régulation
social-démocrate avec les outils des politiques keynésiennes, on est passé à un capitalisme dominé par la sphère
financière et très largement transnational. D'un capitalisme d'entrepreneurs qui passaient des compromis sociaux
avec les salariés, on est passé à un capitalisme caractérisé par la dictature des actionnaires, exigeant des taux de
rentabilité à court terme exorbitants, fusse au détriment de l'investissement productif. Ce nouveau capitalisme
conduit à marchandiser toutes les activités humaines. La loi du marché tend à régir l'ensemble des rapports entre les
êtres humains.
L'accumulation de capital est censée permettre un accroissement de production général qui bénéficie à
tous. Pour les libéraux, il appartient à chacun de déterminer ce qu'il fait de son capital. Les libéraux
minimisent les rapports de force économiques et ils nient que l'on puisse les équilibrer ou les résoudre : on
peut seulement les déplacer et sans garantir plus de « justice sociale ». Toute notion d'arbitrage est alors
considérée comme un leurre. Derrière ce discours mettant en avant l'intérêt général, ils prônent des véritables
politiques de classe, qui favorisent les possédants au détriment des plus faibles. Dans la conception libérale de
l'économie, l'accumulation du capital, c'est-à-dire l'épargne, est préalable à l'investissement, et donc à
l'accroissement de la production et à l'emploi. Le libéralisme est donc une idéologie de l'épargne.
C'est l'alliance de ces deux conceptions politiques qui fonde aujourd'hui l'ensemble des rapports
économiques entre humains alors que les conséquences de ce modèle de développement sont
catastrophiques.
· Les conséquences sociales : « L'Homme est un loup pour l'Homme »
Le système capitaliste s'est financiarisé et transnationalisé. Les capitaux sont sans cesse plus mobiles et
volatiles, rendant ainsi les possibilités de contrôle démocratique de plus en plus difficiles. Plus récemment, la
division internationale du travail est bouleversée par le développement de nouveaux acteurs. L'industrie
française et européenne avait déjà largement abandonné les secteurs peu productifs et faiblement créateurs
de valeur ajoutée. Cela avait provoqué le quasi-abandon extrêmement douloureux de secteurs entiers
(textile bas de gamme, des pans entiers de la métallurgie). Mais les mêmes concurrents (Asie du Sud-Est)
ont aujourd'hui développé un savoir-faire, amélioré leur productivité et leurs technologies. Leurs
travailleurs sont plus éduqués. Ils sont en mesure de concurrencer nos activités de pointe qu'on croyait à
tort protégées, non seulement dans la sphère industrielle mais aussi dans celle des services.
Le phénomène des délocalisations prend dans ce contexte un aspect déterminant pour la Gauche. Quelle
que soit la réalité statistique d'un phénomène relativisé par de nombreux économistes, la mise en
compétition des travailleurs à tous les niveaux de la production crée à la fois de la désespérance
sociale pour les travailleurs perdant leur emploi suite à la délocalisation de leur unité de production et de
l'insécurité sociale pour tous les autres. L'accélération des rythmes du système capitaliste provoque
incertitude et précarité. Comme si le chômage de masse ne donnait plus « suffisamment » d'arguments aux
capitalistes pour bloquer les salaires et précariser, leur « armée de réserve » n'est aujourd'hui pas
seulement constituée des chômeurs mais aussi des travailleurs des pays du Sud.
Le système international favorise par ailleurs cette domination des pays du Nord sur les pays du Sud.
Comment caractériser un système dans lequel le poids de la dette des pays du Sud rend possible une
situation aussi absurde dans laquelle, malgré l'aide et les investissements des pays du Nord, le Sud donne
plus d'argent au Nord que le Nord au Sud à cause des paiements des intérêts ? La pression internationale
pour maintenir ces injustices est intense, passant par « l'amicale pression » des organismes financiers
internationaux (FMI) et pays développés (G8) pour assurer, à la fois le remboursement des créanciers des
pays du Nord, et la mise en place de « réformes » économiques forcément libérales servant d'abord les
intérêts des financiers internationaux. De fait, aujourd'hui c'est l'idée même du droit international qui est
remise en cause, alors qu'elle fonde, selon nous, l'émergence, certes trop lente encore, d'une autre
gouvernance mondiale mettant en avant le respect des droits universels de la personne, y compris les
droits économiques sociaux et culturels et la protection globale de l'environnement.
Les conséquences sociales sont manifestes : augmentation des inégalités entre le Nord et le Sud,
augmentation des inégalités au sein des pays, qu'ils soient développés ou en développement. Chômage au
Nord, exploitation et sous-développement au Sud. La mondialisation n'est pas le bonheur annoncé par les
libéraux.
· Les conséquences environnementales : nous n'avons qu'une planète
En ce qui concerne l'environnement, tous les indicateurs sont au rouge. Le modèle de développement
capitaliste ne laisse aucune chance de survie à notre planète. On ne peut accepter de choisir entre
l'Homme, son développement et l'environnement.
L'urgence est là. Le réchauffement climatique est une réalité. On assiste à une érosion de la biodiversité, à
un épuisement des ressources naturelles, à une irrémédiable pollution de l'air, des eaux et des sols.
L'environnement planétaire est aussi menacé par des risques croissants générés par les développements
technologiques de ces dernières années, comme l'accumulation de déchets nucléaires.
Ces évolutions environnementales sont d'abord le fait de la surconsommation des pays riches. Un
ressortissant américain émet 20 fois plus de gaz à effet de serre qu'un citoyen pakistanais. Un Européen
consomme 8 à 10 fois plus d'eau qu'un Ivoirien. La marchandisation croissante des ressources naturelles
joue également un rôle négatif. De la privatisation de l'eau à l'utilisation intensive des ressources forestières
en Amazonie, les conséquences sont là.
Il n'est possible d'aborder ce problème que d'un point de vue global. La mondialisation de la pollution est
une réalité. Les premières régions touchées par le réchauffement climatique ne seront pas celles qui
polluent le plus. Les zones arctiques et les économies insulaires sont les premières à avoir à craindre le
réchauffement climatique et la migration des polluants organiques, sans n'avoir rien demandé.
· « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée dormante l'orage » - Jean Jaurès
Le capitalisme par son utilisation extensive des ressources environnementales et humaines porte en lui des
sources de conflits inhérentes au système. Le capitalisme porte en lui une multitude de conflits. Depuis toujours
les exemples ne manquent pas: eau, pétrole, énergies sont autant d'enjeux planétaires au sujet desquels les
puissances économiques s'affrontent.
Du fait des conséquences macroéconomiques d'une hausse du prix du pétrole sur les économies des pays
développés, ceux-ci essayent de « sécuriser » leurs moyens d'approvisionnement. Les Etats-Unis mènent de
manière caricaturale cette politique, quitte à jouer avec le feu. Ils ont ainsi soutenu pendant longtemps la
dictature en Arabie Saoudite en échange d'un approvisionnement privilégié en pétrole. Ce soutien est vite
apparu problématique au lendemain du 11 septembre lorsque les Etats-Unis se sont aperçus que ce régime
avait laissé prospérer des terroristes qui se sont vite retournés contre les américains et le monde
occidental. La guerre en Irak ou même en Afghanistan participe de cette même logique. Un régime allié en
Afghanistan permet aujourd'hui de sécuriser l'approvisionnement en gaz dans la région. Quant à l'Irak, la
volonté de diversifier les sources d'approvisionnement en pétrole a joué un rôle prépondérant dans la
décision américaine de renverser par la guerre la dictature de Saddam Hussein.
Mais la France n'est pas exempte de critiques, par le nouveau développement de la françafrique, portée de
manière cynique par Chirac, Sarkozy et une large partie de la Droite pour mieux préserver les intérêts des
multinationales françaises implantés en Afrique de l'Ouest (Bouygues, Bolloré, Elf-Total).
De manière plus globale, l'ensemble des relations internationales doivent être repensées. La démocratie est notre
idéal, mais la manière dont elle est portée par les grandes puissances est cynique et contreproductive. Au nom de la
démocratie, les Etats-Unis envahissent et occupent l'Irak. Mais ils continuent de soutenir le régime d'Arabie Saoudite.
Comme l'a montré l'exemple du Liban et de la victorieuse révolution pacifique et démocratique de l'opposition, la
démocratisation est un processus qui doit être porté par les peuples. En tant que socialistes, notre rôle est de leur
apporter notre soutien. En tant qu'Européens notre rôle est de leur apporter l'aide nécessaire à leur combat. Mais
imposer la démocratie est contre-productif car cela cache souvent d'autres intérêts des grandes puissances,
notamment en termes de contrôle des ressources naturelles. Nous avons en France un parfait exemple de ce
cynisme en la personne de Jacques Chirac. Applaudissant des deux mains la révolution orange en Ukraine, il soutient
dans le même temps le coup d'état institutionnel de Eyadema au Togo et cautionne les fraudes électorales massives
organisés par le clan Eyadema. Comme si les peuples avaient droit à la Démocratie uniquement lorsque cela rejoint
les intérêts de la France ou des Etats-Unis.
Dans l'optique des élections présidentielles de 2007, la Gauche devra assumer la responsabilité historique
de sortir de la Françafrique. Système néo-colonial bloquant le développement des anciennes colonies françaises,
par un détournement systématique des rentes créées par les ressources naturelles et de l'aide publique au
développement, la Françafrique a pendant de longues années enrichi les dictateurs africains et leurs complices
français, tout en maintenant dans l'extrême pauvreté les populations locales. Ce système a favorisé les dictatures, les
guerres et les déstabilisations des gouvernements démocratiques. Sortir de la Françafrique, cela suppose un appui
franc et résolu au processus de démocratisation ainsi que la limitation des aides et contrats avec les dictateurs. Cela
suppose également une aide au renforcement des capacités d'action autonome des Africains et une rupture en
termes de défense et de sécurité. Nous demandons la renégociation, dans une optique européenne, des accords
bilatéraux de défense et de coopération militaire ainsi qu'une fermeture progressive des bases françaises en Afrique.
Enfin, il faut profondément réformer l'aide publique au développement afin qu'elle cesse d'enrichir les
réseaux françafricains.
En tant que socialistes, nous sommes des militants de la paix dès lors que la guerre sert à étendre un
système de domination ou sert des intérêts particuliers. Fortement engagés contre la guerre en Irak, pour
la paix au Moyen-Orient, nous continuerons ce combat. En Israël et en Palestine, nous continuerons notre
engagement aux côtés de nos partenaires travaillistes et du Meretz en Israël, du Fatah en Palestine. Il existe des
partenaires pour construire la paix dans la région. Deux peuples, deux Etats viables et indépendants. Voici
les conditions d'une paix durable dans la région. Il faut dès à présent reprendre les négociations pour un
règlement définitif et global du conflit. Mais nous sommes conscients que le combat pacifiste est vain dès lors
qu'il ne s'accompagne pas de la volonté de changer le système économique et les rapports de force au
niveau mondial.
Militants de la paix, cela signifie aussi remettre le droit international au coeur des relations entre les nations. Cela
passe par redonner à l'ONU toute sa force et sa légitimité. 60 ans après sa création, nous ne pouvons
nous satisfaire de la mini-réforme annoncée. Nous demandons un élargissement du Conseil de Sécurité pour sortir
de la hiérarchie internationale issue de la seconde guerre mondiale ainsi que la suppression du droit de veto. À
terme, au Conseil de sécurité de l'ONU, la France et le Royaume-Uni en tant que membre permanent devront
fusionner leurs deux sièges afin qu'il n'y ait plus qu'un seul représentant permanent européen, l'Union
Européenne. L'autorité et l'indépendance de la Cour Pénale Internationale doivent être renforcés. L'ONU doit avoir
les moyens de faire respecter ce droit international. A côté du corps des Casques Bleus chargés, eux, du maintien et
du renforcement de la paix, une armée onusienne permanente placée sous commandement multilatéral, doit
être constituée, qui sera la seule à pouvoir se revendiquer de la légitimité internationale.
· Vers le dépassement du modèle capitaliste
Nous pouvons en effet constater qu'au contraire de ce que pensent les défenseurs du système de
développement actuel, le capitalisme produit des rapports entre riches et pauvres toujours plus
déséquilibrés en terme de pouvoir et d'inégalités économiques, et une sclérose sociale et environnementale
qui nuit à l'intérêt général. Il appartient alors au pouvoir politique de rétablir à la fois l'équilibre et les
conditions du progrès partagé. Il ne saurait y avoir de progrès s'il n'est pas partagé.
Chaque pas en avant de la civilisation devrait ainsi se traduire par un bénéfice unanime, universel, alors qu'il
se traduit aujourd'hui au contraire par une nouvelle rupture d'équilibre entre ceux qui possèdent et ceux
qui travaillent. C'est pourquoi un nouveau modèle de développement est nécessaire. Ce modèle de
développement, c'est le socialisme démocratique.
« Gauche archaïque » contre « Gauche moderne », beaucoup veulent nous faire croire à cette nouvelle
opposition entre la Gauche radicale et la Gauche de gouvernement. Les premiers ne proposeraient que la
préservation des « acquis » obtenus par les luttes sociales et les gouvernements de transformation sociale.
Les deuxièmes théorisent l'acceptation du libéralisme et l'adaptation au système capitaliste. Jeunes
Socialistes, nous ne nous retrouvons pas dans cette opposition caricaturale. Nous croyons au contraire à
de nouvelles espérances, de nouvelles réponses. Parce que nous sommes réformistes, nous restons
persuadés que la fin du capitalisme ne viendra pas du jour au lendemain. Mais l'Histoire nous apprend que le
système économique est sans cesse en mutation. Parce que nous rejetons la théorie de la fin de l'Histoire,
nous devons en apporter la preuve, y compris au niveau du système économique. Notre ambition est de
construire le dépassement du capitalisme dans une voie résolument démocratique et socialiste.
Renouveler la pensée socialiste, c'est réfléchir à un modèle alternatif de développement basé sur le principe
de responsabilités communes mais différenciées. Ce modèle de développement doit être basé sur plusieurs
principes : le principe de prévention qui demande que les problèmes soient traités à la source, le principe
de précaution qui impose de considérer avec prudence des choix aux conséquences irréversibles sur la
société, le principe de participation basé sur la participation de tous les groupes sociaux, sur la participation
des plus pauvres aux prises de décisions. L'éthique devra fonder ce nouveau modèle de développement, à
tous les niveaux de production et de consommation. Tout comme nous voulons placer l'éthique au coeur
de nos politiques publiques, nous voulons qu'elle dirige l'économie afin de promouvoir l'intérêt général.
Construire un nouveau modèle de développement, c'est repenser les modes de production et réfléchir à
nos propres modes de consommation.
Ce renouveau de la pensée et de nos objectifs est d'autant plus nécessaire que la mondialisation néo-
libérale n'a cessé d'affaiblir la capacité d'action et de régulation de l'Etat-Providence. Les Socialistes ont
alors cherché au niveau international de nouveaux moyens de réguler le système. Cela est évidemment
nécessaire. Mais cela ne doit pas nous enlever la responsabilité de la recherche de voies alternatives à la
simple maximisation du profit dans un environnement où les travailleurs servent de variables d'ajustement
aux aléas du système.
· Repenser nos modes de production : notre rapport au capital
Nous ne remettons évidemment en cause ni la propriété privée individuelle, ni l'existence d'un marché en
tant que tels. Mais il est indispensable de réfléchir à l'utilité sociale, aux conséquences collectives des
décisions prises par les acteurs économiques. L'utilisation du capital au profit d'une minorité se fait au
détriment du bien-être collectif, au détriment souvent aussi des générations futures. Il nous faut donc
repenser le système de production dans un environnement dans lequel les grandes entreprises ont acquis
un pouvoir de marché considérable dans un contexte d'internationalisation. On parle beaucoup du pouvoir
des firmes multinationales. Comment les réguler ? Les régulations construites au niveau national ne suffisent
plus. La firme multinationale est mobile et s'adapte sans cesse aux changements de son environnement
institutionnel et juridique. Les décisions de ces firmes ont pourtant des conséquences sociales et
environnementales auxquelles nos sociétés doivent sans cesse répondre. Parce que, malheureusement, la
solidarité se construit aujourd'hui quasiment exclusivement dans un cadre national, les Etats n'ont alors plus
qu'à réparer les conséquences des décisions des propriétaires des entreprises. Cette situation est absurde,
évidemment d'un point de vue social mais également d'un point de vue économique. Il faut trouver les
moyens de donner aux entreprises la capacité de prendre en compte l'intérêt général, tant national
qu'international, dans leurs décisions. Le système capitaliste se caractérise d'abord par la propriété privée
des moyens de production, permettant dès lors qu'il existe une concurrence entre travailleurs, un partage
inéquitable de la plus-value, au seul profit des actionnaires. La plus-value se fait donc au détriment du bien
commun. Or, qui mieux que les salariés eux-mêmes est à même de prendre en compte l'intérêt commun
dans la prise de décision ?
L'amélioration du sort des salariés, qui constituent l'écrasante majorité de la population, va dans le sens de l'intérêt
général. Les multinationales du pétrole symbolisent les excès du capitalisme financier d'aujourd'hui : profit annuels
énormes, exploitation de la main d'oeuvre dans certains pays du sud, négligence environnementale... Dans le
contexte de crise énergétique, les socialistes doivent prévoir d'établir un contrôle public sur les sociétés
pétrolières françaises au premier rang desquelles Total (investissements d'avenir, respect des normes
environnementales et sociales).
La Démocratie doit alors être la voie directrice de l'action des Socialistes. La question n'est plus de choisir
entre la propriété privée et la propriété « étatisée » des moyens de production. L'appropriation
démocratique des moyens de production est une manière de socialiser les rapports sociaux. Les salariés
doivent pouvoir participer aux décisions de l'entreprise à la hauteur de leur participation à la production. Si
un cadre global peut être créé, donnant par exemple 30% des votes en conseil d'administration aux salariés,
il doit être possible de promouvoir, tant au niveau de l'entreprise qu'à celui de la branche, des cadres de
négociation permettant d'aller au-delà de cette limite. L'Etat a un rôle fondamental à jouer dans cette
nouvelle dynamique, tant en créant les cadres législatifs imposant les bases de la démocratisation des
entreprises qu'en inventant un nouveau système fiscal incitant tous les acteurs à se diriger dans cette voie.
Reste la question du financement, essentielle car pouvant marginaliser de telles initiatives. Les banques
mutualistes et coopératives peuvent jouer un rôle d'appui, comme toute structure publique au niveau local,
national et international voyant la nécessité d'appuyer ce genre de structures pour développer de nouveaux
modes de production, plus attachés au développement social, environnemental et égalitaire.
Le profit ne doit ainsi pas être considéré comme le seul moteur de la création de richesse : le secteur de l'économie
social et/ou solidaire représente aujourd'hui 760000 associations, 20000 coopératives (SCOP...) et 3000 mutuelles
employant près de 2 millions de salariés. Ces entreprises placent au centre de leur démarche l'homme, et non le
profit, car leur logique est celle de la redistribution de richesse et non leur accumulation, sans mettre de coté la
performance : le tiers secteur a connu une augmentation de l'emploi de 15% ces dernières années et représente 5%
du PIB. L'économie sociale doit ainsi être considérée comme un outil de transformation de
l'économie et de la société, et de reconquête face au libéralisme et au pouvoir des marchés
financiers.
Loin de représenter un pan anecdotique de l'économie, ce secteur doit cependant se développer et être fortement
encouragé, notamment par la volonté de privilégier les entreprises à but non lucratif lors des appels d'offre, ainsi que
par une fiscalité incitative favorisant leur création. Il faut aujourd'hui subventionner davantage ces
structures, en créant des fonds de capital-risque pour donner à ces entreprises les moyens de leurs
ambitions, créer une direction de l'économie sociale au sein du ministère de l'Economie et des Finances, mettre en
oeuvre les conditions (légales, économiques, fiscales...) encourageant la création et le développement d'entreprises et
organisations de l'Economie sociale,nottamment par la création d'un fond pour les jeunes créaturs d'entreprises
sociales et solidaires tant au niveau national qu'au niveau européen, à l'heure où l'Union européenne pousse à
l'alignement de l'économie sociale sur l'économie capitalistique, notamment en rendant progressivement illégales les
exonérations fiscales à destination des entreprises de l'économie sociale. De nouvelles impulsions sont
nécessaires. Dans le reste de l'Economie, la Responsabilité Sociale de l'Entreprise apporte
également un certain nombre de réponses. Penser différemment l'entreprise, pour la Gauche, c'est
avant tout affirmer la possibilité d'entreprendre autrement. Entreprendre autrement est une idée aussi
ancienne que le capitalisme : c'est la volonté de guider la production à partir des besoins de tous
et non de l'intérêt de quelques-uns. Loin de considérer l'entreprise comme extérieure au champ de
notre réflexion politique, nous voulons qu'elle participe à la transformation sociale. Pour cela, les
entreprises doivent assumer un rôle nouveau. Elles doivent être le premier lieu de la justice sociale, de la
démocratie, de l'émancipation de l'individu et du respect de l'environnement. Ainsi, nous voulons
promouvoir une évaluation des entreprises qui prenne en compte le résultat financier, mais également le
bilan social et environnemental. Dans cette perspective, des observateurs autres que des organes d'audits et de
notation, soumises à une logique financière doivent êtres créées, notamment sous le contrôle et le rattachement à
l'Etat ainsi que des citoyens, du monde syndical, associatif et d'experts issu du milieu universitaire.
Les firmes multinationales ne peuvent d'ailleurs s'exonérer de leurs responsabilités par leur politique
massive de sous-traitance. Pour mieux contrôler des multinationales comme Gap ou Nike, qui aujourd'hui
sous-traitent l'ensemble de leur production, nous proposons d'étendre aux sous-traitants l'ensemble des
règles applicables à la firme mère. Ainsi, en France, nous proposons que les règles applicables aux
grandes entreprises sur les plans sociaux s'appliquent aux filiales de ces grands groupes et que
les sociétés mères et/ou mandataires soient solidairement responsables des condamnations pécunières pour des
infractions commises par leurs filiales et/ou leur sous-traitant.
· Une nouvelle éthique de la consommation
Parce que le travailleur est également un consommateur, il porte en lui des contradictions spécifiques.
Attaché à un salaire décent et à des conditions de travail acceptables, il demande par ailleurs des produits
toujours moins chers lui permettant d'augmenter, par la réduction des prix, son pouvoir d'achat. Avec la
mondialisation, les libéraux apportent une solution. Le consommateur (du Nord) achète des produits
fabriqués par d'autres (les travailleurs du Sud). Mais lorsque le prix du café ne permet plus aux petits
producteurs de survivre, lorsque les conditions de travail des ouvriers des industries textiles violent les
principes humains les plus fondamentaux, il est nécessaire de réagir. A minima, une éthique de la
consommation permet de limiter ces conséquences désastreuses. Mais la consommation éthique n'est
qu'une solution illusoire si elle sert une fois de plus à stigmatiser les classes populaires. Menacées dans leur
emploi par la compétition internationale, celles-ci ne doivent pas en plus être montrées du doigt dès lors
qu'elles n'ont d'autre choix que de consommer aux plus bas prix, sans possibilité de s'offrir des produits
équitables aux prix nécessairement plus élevés. La démocratisation de la consommation éthique est autant
possible qu'indispensable. Il faut agir sur la TVA afin de démocratiser l'accès aux produits issus du
commerce équitable et de l'agriculture biologique. Il est urgent que l'Europe se dote d'une Haute Autorité
chargée de la labélisation "commerce équitable" et "agriculture biologique" afin d'informer le consommateur et de
faciliter la lisibilité en matière de choix de consommation. Le renforcement dans le système juridique français de la
procédure des "class actions" ou plaintes collectives, qui permettent aux consommateurs de se regrouper lorsqu'ils
déposent une plainte identique contre de grands groupes commerciaux, serait une avancée significative pour la
Justice.
· Pour une autre mondialisation, une mondialisation démocratique
La mondialisation rend encore plus nécessaire le combat international. Parce que le capitalisme se construit
aussi sur un système international injuste et fondé sur la domination, l'exigence apportée à la Gauche est de
bâtir au niveau international un rapport de force apte à changer cette situation. La démocratie mondiale
doit être notre outil.
· Une autre organisation du commerce international
Nous ne sommes pas contre la mondialisation mais contre la manière dont elle est mise en place.
Aujourd'hui basée sur des règles injustes, elle bénéficie à une minorité de pays et au sein de ces pays à une
minorités d'individus. L'Organisation Mondiale du Commerce doit être réformée. Elle doit prendre
en compte les normes sociales et environnementales dans ses décisions. La composition et les prérogatives de
l'organe de règlement des différents, organe non élu dénué de toute légitimité démocratique, doivent être réformées.
Il faut aussi garantir l'égalité entre les pays riches et pauvres et accorder un rôle d'expertise et de
consultation aux syndicats et ONG.
Les règles du jeu de l'OMC sont profondément injustes. Les pays du Nord ont imposé une libéralisation
des marchés du Sud tout en continuant à subventionner massivement l'agro-industrie d'exportation. Ces
subventions sont par ailleurs essentiellement destinées aux multinationales agroalimentaires productivistes.
Nous proposons de garantir la sécurité alimentaire en reconnaissant le droit à la souveraineté
alimentaire et la protection à l'importation des pays du Sud. Nous voulons promouvoir une
agriculture paysanne et citoyenne, multifonctionnelle, socialement et écologiquement responsable. Nous
demandons la suppression des subventions à l'exportation et des aides directes attribuées pour garantir la
durabilité de l'agriculture et non renforcer la position concurrentielle de tel ou tel pays.
Le dogme du libre échange interdisant toute politique commerciale doit être remis en cause. Les grands
ensembles régionaux (Union Européenne, MERCOSUR, Union africaine...) doivent pouvoir fixer des tarifs
douaniers communs sur certains produits, en fonction de critères sociaux, environnementaux,
démocratiques...
L'accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce (ADPIC) est
problématique à de nombreux titres. Il favorise la domination économique et scientifique des pays du Nord
sur les pays du Sud. Il empêche les pays pauvres de produire ou d'importer des produits génériques. Il pose
de graves problèmes de brevetabilité du vivant et des savoirs. Pour toutes ces raisons, il faut sortir
l'ADPIC de l'OMC.
Il faut garantir à chaque pays le droit de produire et de distribuer sur son territoire les médicaments de
base, en particulier ceux traitant le paludisme, la tuberculose ou le SIDA.
· Une Mondialisation des Droits au service des pays du Sud
La première de nos priorités doit être de nous battre pour la « Mondialisation des Droits Sociaux et
environnementaux ». Il est en effet nécessaire d'assurer la reconnaissance au niveau international des droits
fondamentaux des travailleurs, comme de la nécessité d'offrir à tous les habitants de la planète des conditions
de vie décentes (en matière de santé, d'éducation ou encore d'environnement) notamment par la promotion des
services publics et de la protection sociale. Enfin, les pays membres de l'ONU doivent s'engager à intégrer
dans leur ordre juridique la déclaration des droits de l'homme de 1948 qui acquièra une force
obligatoire. Ce socle de base doit être reconnu par tous, comme le pilier de relations internationales
harmonisées. L'ensemble des organisations internationales ont un rôle à jouer et en premier lieu, l'ONU.
Nous appelons en ce sens une réforme des organisations internationales. L'ensemble des organisations
internationales (Banque Mondiale, FMI, OMC) ainsi que les organisations à créer (Organisation mondiale de
l'environnement, Organisation mondiale agricole...) devront être placées sous l'autorité d'un conseil
économique et social sous l'égide de Nations Unies réformées (extension du conseil de sécurité,...) et
doivent être dotés de mécanismes de sanction. La hiérarchie des normes internationales doit être
clairement inversée afin de faire primer les droits de l'Homme sur les normes du BIT, les règles sociales et
environnementales sur les règles actuelles du commerce international et les intérêts des multinationales.
L'Union Européenne doit suivre le mouvement en changeant sa politique hypocrite et cynique vis-à-vis des
pays pauvres. Prenant d'une main (par les subventions agricoles à l'exportation) ce qu'elle donne d'une
autre main (l'aide au développement, l'accès privilégié au marché de l'Union pour les pays les moins
avancés). Pire, elle est à la pointe de l'offensive des pays riches pour la libéralisation des services, publics
inclus. Comment expliquer que l'UE demande aujourd'hui la libéralisation des services de l'électricité, de
l'eau, des services postaux, de secteurs entiers de l'Education dans les pays en développement ? L'Union
Européenne doit changer de direction, en cessant sa politique de pression en faveur de
l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS). Une autre politique de développement
est possible. L'Union Européenne doit par exemple soutenir les initiatives d'unions régionales en Afrique
(Union Africaine) ou en Amérique latine (Communauté Sud-Américaine des Nations). Par une réelle
solidarité entre ces zones géographiques, tant au niveau politique, commercial, financier, social
qu'environnemental ; il est possible de poser les bases d'un développement plus harmonieux.
Il faut plus généralement donner aux pays pauvres les capacités financières d'assurer leur développement.
Les marchés financiers ont montré leur incapacité à financer les pays les plus pauvres, concentrant les
investissements sur quelques pays émergents. L'instabilité des marchés financiers est par ailleurs un
problème, les spéculateurs jouant un rôle néfaste dans la volatilité de ces marchés. Nous proposons qu'une
taxe internationale sur les mouvements spéculatifs de court-terme limite ces effets.
Redonner des capacités financières, c'est d'abord annuler la dette des pays du Sud. Il est par ailleurs
nécessaire d'augmenter de manière massive l'aide publique au développement en la portant
effectivement et sans délai à 0,7% du PIB. L'Union Européenne peut jouer le rôle d'exemple sans
attendre 2015.
Nous proposons par ailleurs un système de taxation international pour financer les biens
publics mondiaux (amélioration de l'éducation, de la santé, des droits des travailleurs, de
l'environnement...).
· Préparer l'avenir, sauver notre environnement
Aujourd'hui, l'avenir de la planète nous impose de faire évoluer notre vision du développement. Le développement
durable doit nous permettre de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations
futures de répondre aux leurs ; nous devons donc adapter nos modes de vie, de consommation, de production et
d'aménagement de l'espace.
Dans le domaine des transports, il est temps de faire converger efficacité économique, préservation
environnementale et équité sociale. La préoccupation de lutte contre l'effet de serre impose de favoriser les
transports en commun et les alternatives au tout automobile, réduisant ainsi la pollution routière. Par souci d'une
gestion économe de l'espace et de l'atténuation de notre empreinte écologique, nous préférons la mise à niveau
des infrastructures existantes à la création incessante de nouveaux axes, autoroutiers
particulièrement.
Pendant des décennies, le progrès technique a été stimulé par l'économie de main d'oeuvre et la
surexploitation des ressources naturelles. Nous proposons de transposer une partie de la taxation du
travail vers celle des ressources pour rectifier ce déséquilibre. Le système de taxation doit prendre en
compte le principe du polleur-payeur.
L'augmentation des distances entre lieu de production et de consommation est souvent la cause
d'inefficiences et d'absurdités écologiques. Lorsque cela est possible, il est nécessaire de réfléchir de façon
décentralisée et à une régionalisation des activités. Il faut par ailleurs trouver les moyens de faire face au
choc énergétique lié à l'épuisement programmé des ressources pétrolières.
Nous devons par ailleurs repenser nos modes de consommation et l'intensité énergétique de cette
consommation. Cela signifie pour chacun de nous des changements de comportements au quotidien par
l'utilisation systématique du tri sélectif et par une consommation moins intensive en énergie. Ces petits
gestes doivent être appuyés par un plan européen d'économie d'énergie impliquant tous les acteurs,
du citoyen à la firme multinationale. Les pouvoirs publics doivent par ailleurs s'imposer dans les achats
publics et les Délégations de Service Public le respect des normes environnementales (HQE...).
Cela passe aussi par un développement massif des nouvelles énergies et une réelle politique de
recherche, un budget renforcé et des stratégies de recherche dans ce secteur Par une volonté politique, nous
devons autoriser et développer les biocarburants sur le réseau routier français. Dans ce cadre, une mesure
imposant le recours aux energies renouvelables pour toute nouvelle construction d'habitat collectif, de bureaux, ou
de bâtiment public dans un premier temps, puis pour tous les particuliers dans un second temps, est indispensable.
Aussi, parce que l'énergie nucléaire, par le problème inextricable des déchets, est le contraire d'une source
d'énergie durable, nous réclamons la sortie progressive du nucléaire.
De même, il nous faut combattre les lobbies pétroliers pour promouvoir le développement de voitures propres, déjà
conçues techniquement mais non commercialisées suite aux blocages de certain grand groupes soucieux de leurs
intérêts financiers.
La mondialisation de la pollution est une réalité. Sans attendre, l'Union Européenne doit respecter les
engagements pris dans le cadre de l'accord de Kyoto et intensifier sa pression sur le Etats-Unis
pour qu'ils ratifient l'accord. Nous proposons la mise en place au niveau international d'une police de
l'environnement sous l'égide de l'ONU afin de contrôler plus efficacement le respect des traités.
· Construire le rapport de force au niveau international
La conquête de ces nouveaux droits se construira par la construction de nouvelles solidarités avec les
syndicalistes, militants politiques ou associatifs des pays du Sud. N'oublions jamais que les travailleurs du
Sud sont aussi victimes du système capitaliste. Dans de nombreux pays, des mouvements sociaux sont
créés par des paysans, ouvriers ou exclus. Plus que nous, ils vivent durement et quotidiennement la lutte
des classes dans sa forme souvent la plus violente. Plutôt que de montrer du doigt les « responsables de la
perte de nos emplois », il faut leur apporter une solidarité dans leur combat pour la transformation sociale.
Le mouvement syndicaliste international, mais aussi l'Internationale Socialiste et la IUSY, les ONG, le
mouvement alter mondialiste doivent construire cette convergence mondiale des droits sociaux et
environnementaux. Notre combat au sein de la IUSY va dans ce sens. Nous voulons politiser cette
organisation, lui donner les moyens politiques et militants d'assumer le rapport de force au niveau
international.
Face à la domination du libéralisme mondialisé, les citoyens de tous pays ont su montrer qu'ils restaient
vigilants, pouvaient se mobiliser, se réapproprier le débat public et, faire entendre leur voix. Les forums
sociaux, mondiaux, mais aussi régionaux, participent de cette mobilisation des sociétés civiles. Le MJS a
salué ces mouvements comme une chance et ses militants y ont souvent participé, convaincus que les
mouvements politiques et en particulier la famille socialiste devaient apporter leur contribution à ce
mouvement social inédit.
Pourtant aujourd'hui, la question des débouchés de ces forums sociaux se pose. Ils doivent
prendre un nouvel essor et notamment renoncer à la méfiance qui y règne vis-à-vis des
politiques et de la démocratie. Les revendications qu'ils portent risquent de rester de simples lettres
mortes si certains acteurs, pourtant légitimes, n'arrivent pas à y trouver leur place.
Conclusion
Le cycle politique qui est devant nous nous conduira jusqu'en 2007 avec l'élection du Président de la
République et les élections législatives. Espérons qu'elles seront les dernières de la Vème République
finissante. Notre génération, comme toutes celles et ceux qui sont les victimes de la politique de la Droite
depuis 2002, ne peut se permettre de laisser la Droite remporter ces élections.
D'abord parce qu'elle ne porte aucune des réponses que nous attendons et que nous avons tenté
d'esquisser dans ce texte. Ensuite, parce que ce qu'elle a fait hier est la meilleure garantie de ce qu'elle fera
demain.
2007 sera donc l'occasion de faire le bilan de la Droite au pouvoir et de Chirac. De l'action réformatrice de
Lionel Jospin, il ne restera malheureusement pas grand chose, tant depuis 2002 la Droite a attaqué le sens
et le contenu des principales réformes de la Gauche plurielle. Parce que la Droite a été le gouvernement de
l'abrogation des droits des travailleurs, la Gauche devra être le gouvernement de la reconquête.
Du 21 avril 2002 nous avons tiré un certain nombre d'analyses sur la société française et les réponses que
les socialistes doivent lui apporter. Les solutions existent. Ce qu'il faut c'est le courage, le volontarisme
politique pour les mener à bout. Nous devrons aussi faire partager un nouvel idéal. Une utopie concrète de
voir les Hommes choisir un modèle de développement nouveau. Nos aînés doutent parfois de la capacité
du socialisme démocratique à être cette grande ambition de l'Humanité pour le 21
ème
siècle. Nous, jeunes
socialistes, en sommes convaincus. Cette conviction sera nécessaire pour, au-delà du programme de
mandature nécessaire, susciter l'adhésion à un véritable projet de société. Notre ambition est d'aider les
socialistes et la Gauche à gagner en 2007 et au-delà de faire que la société toute entière soit en mouvement
pour le progrès social et la justice.
Le 21 avril, nous avons aussi beaucoup appris sur nous-même et notre responsabilité dans la crise politique.
Les socialistes ont été battus parce qu'ils n'ont pas su répondre à la crise sociale qui traversait déjà notre
société. Cette crise, autant l'assumer, nous ne l'avions pas analysée et nous avons donc manqué ce rendez-
vous avec le peuple. Depuis, chacun de nous, avec sa sensibilité a tenté de comprendre pour ne jamais
revivre un tel événement. Au sein du MJS, nous avons tenté, mais avec une ambition commune, d'être utiles
au socialisme. L'analyse de la société que les deux motions du Congrès de Lamoura partageaient malgré des
réponses différentes parfois est aujourd'hui encore d'actualité. Pire, la France s'est enfoncée dans la crise et
il y a urgence à l'en sortir.
Pour cela le Parti Socialiste a un rôle essentiel à jouer. Il faut aujourd'hui repenser notre engagement
collectif au sein de la famille socialiste. Le PS doit être dans l'opposition à la fois un laboratoire de
préparation de son projet alternatif de société et un opposant acharné à la Droite. Lorsque les socialistes
sont au pouvoir, le parti doit toujours être un lieu de production idéologique et assumer un rôle critique et
constructif, plus que nous ne l'avons fait dans le passé, de l'action du gouvernement. Le Mouvement des
Jeunes Socialistes doit être l'aiguillon de notre famille politique dans ces changements. L'autonomie du MJS
en est la condition. Elle n'est pas un gadget. Elle est fondée sur deux principes intangibles : liberté et
responsabilité. Liberté de penser et de défendre notre propre orientation politique. Responsabilité de
participer au renforcement de l'outil de transformation sociale et non à son affaiblissement.
Pour gagner en 2007, il faudra un camp socialiste fort et une Gauche rassemblée pour imposer le rapport
de force du changement. C'est la condition de la victoire. Il n'y aura pas d'union de la Gauche avec des
socialistes divisés. Les victimes de la politique de la Droite nous attendent.
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